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La recluse de Wildfell Hall

Anne Brontë

(The Tennant of Wildfell Hall, 1848)
Traduction : Dominique-Jean.   Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Helen Graham est la nouvelle locataire du manoir Wildfell Hall. Fraichement arrivé avec son fils, elle attire l’attention du jeune Gilbert Markham. Mais l’entourage de Gilbert lui met en garde : Une aura de mystère entoure la jeune femme, et toutes sortes d’étranges rumeurs semblent circuler sur sa personne. Elle est vraiment veuve ? La petite société du village voudrait savoir le secret de Helen Graham et quel rôle obscur joue son voisin Frederick Lawrence.

Le Brontë plus féministe :

Le « tennant » du titre original, sera traduit en français comme la locataire, puis la dame, puis la châtelaine, puis finalement la recluse, qui sera moins juste et même un peu illogique, mais qu’il a l’avantage d’avancer un peu les enjeux de l’intrigue.

Comme beaucoup de romans de l’époque victorienne, le sujet principal est la place réservée à la femme dans la société anglaise du XIXe siècle. D’un féminisme assez surprenant pour l’époque, notre héroïne assume complètement ses choix et s’adresse aux hommes sur un pied d’égalité. Ce roman est donc pionnier de la cause de l’émancipation de femmes (70 ans avant qu’elles aient le droit de vote, il faut le souligner). Il développe sujets assez osés par l’époque comme l’alcoolisme (dont elle tira l’inspiration de la déchéance et mort de son propre frère Bradwell), puis la maltraitance et le harcèlement subis par les femmes.

Avec une originale structure en trois parties, le roman commence par une première section narrée par Gilbert Markham, centrée sur son attirance grandissante par Helen et l’énigme qui entoure la dame. Puis c’est le journal intime de Helen elle-même qui prend le relais, ôtant le voile de mystère qui planait sur le passé obscur d’Helen. Dans la troisième partie le passé va rattraper Helen.

La timide et réservée Anne Brontë, vécut toujours à l’ombre de ses sœurs, et l’exemple le plus clair on l’a lors de la publication de son premier roman ‘Agnes Grey’, publié la même année que ‘Jane Eyre’ de sa sœur Charlotte et ‘Les hauts de Hurlevent’ de sa sœur Emily (sur les pseudonymes de Acton, Currer et Ellis Bell, respectivement). ‘Agnes Grey’, un roman convenu mais assez beau par ailleurs, sera totalement éclipsé par les succès monumentaux des chefs d’œuvres de ses sœurs, notamment ‘Jane Eyre’. Anne se concentra sur celui-ci, son deuxième roman, dans lequel elle arrivera à la maturité, mais qui sera malheureusement son dernier.

Pour de raisons difficiles à comprendre (la morale de la société victorienne n’était peut-être pas prête ?), sa sœur Charlotte Brontë interdira la republication du roman après la mort d’Anne. Il existe une rumeur selon laquelle Charlotte serait jalouse du talent d’Anne et de l’amitié plus profonde d’Anne et Emily, mais cela a plus l’air des ragots qu’une autre chose. En tout cas, le roman finit heureusement pour revoir la lumière. C’est un roman magnifique et pionnier, écrit par une artiste du talent, qui faudrait revaloriser et monter sur un pied d’égalité à coté de ses sœurs.


Citation :

« C’est plutôt moi qui dois me forcer à vous supporter, dis-je. Car tant que j’assume ma charge d’intendante et de gouvernante, sans gage et sans remerciements, vous n’avez aucune raison de me renvoyer. Je remettrai donc mon tablier quand mon esclavage deviendra intolérable. »

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