(The ballroom, 2016)
Traduction : Elodie Leplat. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Angleterre 1911. L’asile Sharston accueille ou plutôt emprisonne plus de deux-mille patients, parfois des malades mentaux, mais souvent des simples personnes qui sont dans la précarité ou traversent une mauvaise passe, et qu’on cherche à les écarter de la société pour éviter leur reproduction. Pour ce faire, les hommes et femmes sont rigoureusement séparés, sauf le vendredi ou un bal permet aux internes mieux disciplinés d’échanger avec le sexe opposé, et de s’épanouir et danser au son de la musique, quand même sous stricte surveillance. Dans une salle de bal somptueuse, John Mulligan, enfermé après la dépression qui a suivi la perte de son enfant, et Ella Fay, emprisonnée par avoir cassé une vitre lors de son travail dans une usine textile, vont danser ensemble et tomber amoureux, malgré tous les interdits. Au violon dans l’orchestre, le jeune médecin Charles Fuller observe leur moindre pas avec méfiance.
Amour dans l’asile psychiatrique, chanté à trois voix :
Roman intéressant et riche en émotions, même si au rythme parfois morose, notamment le premier tier, lesté par des nombreuses longueurs. Quand même, quand cela commence vraiment, on est devant d’une belle histoire d’amour, qui accroche notamment dans son troisième et dernier tiers et qui finit par être une émouvante lecture dans l’ensemble.
La toile de fond de cette dure histoire a quelques bases historiques. On est au début du XXe siècle, où les théories eugéniques sont en vogue. Prolifèrent les débats sur le besoin de la stérilisation de certains individus en vue à une amélioration génétique du patrimoine génétique de l’humanité. Sic. Faudrait-il stériliser les fous, les dépressifs, les homosexuels, les malades mentaux, pour éviter que leurs gènes ‘polluent’ la race ? Le Dr Charles Fuller en est persuadé, et, la narration en fait écho, même Winston Churchill aurait été jusqu’à un certain point favorable.
Mais la stérilisation tarde à s’imposer et certains politiciens, trouvent une solution plus simple : Enfermer et séparer des hommes et des femmes susceptibles d’avoir des soucis psy, dans des établissements spécialisés ou ils seront interdits de reproduction. Au-delà des simples d’esprit, dans l’asile beaucoup de patients sont renfermés simplement par des états dépressifs, par leur précarité, et dans les cas de certaines femmes, simplement par leur marginalité et manque de moyens. Du coup, ‘La salle de bal’ réfléchit aux effets nocifs de ces théories affreuses particulièrement en fonction du genre et de la classe sociale.
Le vilain de l’histoire, le Dr. Charles Fuller, est un homme ambigu et peu franc, sans doute le personnage le plus intéressant et le plus nuancé de l’histoire. D’un côté il pense que ce bal hebdomadaire, peut réduire la frustration des malades auxquels toute sexualité et toute reproduction leur est interdite, mais d’un autre, il est obnubilé par la stérilisation. Dans ces soirées exceptionnelles, Charles joue lui-même le violon, au même temps qui observe ses patients/prisonniers, et sa pensée dérive, rongée par ses démons.
Selon la narration, l’homosexualité refoulée du Docteur Fuller pourrait expliquer son mal-être, mais ses obsessions, ses dérives eugénistes, sa fascination pour Churchill, et son absurde soif de revanche peuvent être perçues comme un peu caricaturales. Aussi, l’intrigue peut dérouter ces lecteurs qui cherchent une vision plus équilibrée de la diversité sexuelle, car ici on trouve deux hétérosexuels amoureux et gentils et un homosexuel méchant et frustré, qui leur refuse le bonheur. Pas trop woke cela, mais bon, passons.
Probablement le plus intéressent élément du roman est cette narration portée à tour de rôle pour chacun des trois personnages principaux. À chaque chapitre la perspective et l’évolution de l’intrigue prendra le point de vue de Charles, d’Ella ou de John, enrichissant le récit d’une narration polyphonique assez nuancée et suggestive. C’est une belle histoire malgré quelques soucis de rythme et un travail psychologique pas complètement abouti sur le couple John/Ella.
Citation :
« Qui connaîtrait les choses qu’elle avait en elle si elle restait dans cet endroit ? Elle n’avait personne pour prendre sa défense ici, nul être pour se faire son écho, rien pour expliquer qui elle était ou aurait pu être. »








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