(2000)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman de non-fiction :
C’est l’histoire vraie de Jean-Claude Romand, un homme qui tua sa femme, ses enfants et ses beaux-parents, après avoir menti pendant 18 ans en se faisant passer par un médecin investigateur de renom qui travaillait à l’OMS à Genève, alors qu’il n’avait même pas fini ses études.
‘Du Sang Froid’ version française :
Jean-Claude Romand a passé la plupart de sa vie dans un mensonge permanent. Sans travail ni ressources, le château de cartes qu’il a échafaudé dans l’air va petit à petit s’écrouler lorsque les membres de sa famille commencent à constater que quelque chose ne tourne pas en rond chez lui. C’est alors qu’il décidera d’en finir avec tous et se suicider après, sauf que la partie suicide sera ratée et Romand finira en prison.
Emmanuel Carrère a l’habitude de se mettre en scène dans ses romans. Ici il sera le narrateur dans ce récit de non fiction, pour lequel, à la façon de Truman Capote et ‘De Sang Froid’, il a investigué et s’est largement documenté. Carrère a échangé de nombreuse correspondance écrite avec Jean-Claude Romand, et même il l’a interviewé en prison. Tous les deux vont essayer de comprendre les raisons de cet incroyable mensonge qui a fini dans une incompréhensible folie meurtrière. Trois années après les faits, Carrère assistera au jugement de l’affaire. A la question « pourquoi ? », on comprend que Romand n’a pas vraiment de réponse.
Carrère va retracer et décrypter le parcours étrange de cette mythomanie et les raisons ultimes d’une situation complètement absurde qui a fini en tragédie. Carrère va s’attacher à suivre tout l’enchevêtrement de mensonges, pour remonter aux origines de la supercherie. Car tout a commencé une vingtaine d’années auparavant, chaque mensonge étant la conséquence d’un mensonge précèdent… Malgré que le protagoniste du livre n’ait pas vraiment d’empathie, paradoxalement il ne manquera pas de nous émouvoir par son pathétisme. Comme lorsqu’il se gare tous les jours dans le parking du bâtiment de l’OMS sur lequel il est censé travailler et regarde la fenêtre du bureau qu’il est censé occuper, pour mémoriser les détails et les rajouter à son mensonge. Romand n’est qu’une coquille vide. Il n’est pas médecin à l’OMS, mais il n’est pas vraiment rien d’autre non plus (Voir citations ci-dessous).
Mélangeant la subjectivité de la technique littéraire avec l’objectivité des faits réels et du récit autobiographique, Carrère nous offre un livre absolument fascinant et étrange. Cette réflexion sur l’identité, les mécanismes du mensonge, et la quête de rédemption est présentée en toute simplicité, avec des phrases directes dans un style épuré et franc. Une authentique merveille, un chef d’œuvre de la non-fiction français.
L’affaire Romand sur Wikipédia.
Citations :
« Mais je sais ce que c’est de passer toutes journées sans témoin : les heures couché à regarder le plafond, la peur de ne plus exister. »
« Sortir de la peau du docteur Romand voudrait dire se retrouver sans peau, plus que nu : écorché. »
« Sous le faux docteur Romand il n’y avait pas de vrai Jean-Claude Romand. »








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