(Taş Bina ve Diğerleri, 2009)
Traduction : Jean Descat. Langue d’origine : Turc
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Une femme erre dans une prison d’Istanbul, cloitrée derrière des murs de pierre qui ne laissent pas entendre ni les cris ni la douleur. Témoin des tortures, injustices et barbaries institutionnelles, la femme rencontre homme A, un ange prisonnier et mort dans les lieux, qui lui cèdera ses yeux, pour qu’elle puisse faire écho de son existence ailleurs l’enceinte de la prison. Les voix de la femme et de l’homme s’entremêlent, mais seulement elle réussira à revenir vers le monde des vivants et s’ériger en mémoire.
Cri de révolte hermétique :
En 2016, pendant la purge qui suivit le coup d’état, Asli Erdogan fut accusée de complicité terroriste par ses articles en soutien au peuple kurde et sa dénonciation des injustices commises contre eux. Elle fut arrêtée et emprisonnée dans la prison Bakırköy, mais suite à la pression internationale, un juge décrètera sa sortie provisoire sous surveillance, en attente de jugement. Profitant une autorisation de sortie de territoire pour recevoir un prix, elle restera en exil. Au moment d’écrire cette critique (2025) elle n’est jamais retournée dans son pays. De son séjour de 4 mois dans cette prison inconcevable elle tirera ce témoignage étrange et complexe, cri de cœur contre le régime et ses exactions, censé briser le silence autour de cette terreur.
‘Le bâtiment de pierre’ se déroule donc entièrement dans la prison d’Istanbul, même si la narration se déroule dans le plan de l’imagerie onirique et le ton est fortement symbolique et opaque. Peu des actions concrètes ancrent le récit dans le réel, seulement la répétition de certains instants ou images, permet de créer une certaine solidité interne au récit. Les amants du poétique et symbolique peuvent trouver son compte, car le style est beau et puissant, mais ce qui veulent du concret seront probablement déçus, et pour le lecteur lambda que je représente, il y a fortes chances que cela soit trop obscur et difficile, sinon directement boring.
Malgré l’importance de la dénonciation d’un régime à teneur autoritaire, et la touchante histoire personnelle de l’écrivaine, à mon avis ‘Le bâtiment de pierre’ reste trop dans l’irréel et le métaphorique, échouant à transmettre le réel et le terrible.
Citation :
« En cheminant dans les méandres déserts du bâtiment de pierre, au long des couloirs secrets enfouis dans une pénombre bleutée, en franchissant des portes qui s’ouvrent et se referment promptement, sans retour possible, comme des tourniquets, tu atteins le cœur du labyrinthe. Un cœur vaste, bien réel, dur comme un coup de poing… C’est une salle vide, froide, blanche comme une pierre tombale, semblable à toutes les salles verrouillées de ta mémoire. »








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