Littérature des 5 continents : Europe・Portugal

Le cimetière de pianos

José Luís Peixoto

(Cemitério de Pianos, 2006)
Traduction : François Rosso.     Langue d’origine : Portugais
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Lisbonne, début du Siècle XXe. Au moment qui s’approche la mort, un homme remémore sa vie, sa femme et ses quatre enfants : Maria, Marta, Simâo et Francisco. Dans l’atelier de menuiserie de la famille une pièce est dédiée à la réparation de pianos. La mystérieuse chambre était remplie à ras bord de vieux pianos abandonnés dont les pièces détachées servaient aux travaux de restauration. De père en fils le long de trois générations, la narration suit la vie de la famille, autour de la figure centrale de Francisco Lázaro, coureur de Marathon qui participa aux olympiades de Stockholm en 1912.

Puzzle narratif avec pianos, famille et traumatismes :

Prenant comme à point de départ la figure réelle de l’athlète de marathon Francisco Lazaro, qui mourut à Stockholm en 1912 en pleine épreuve olympique, Peixoto trace une fiction qui n’a pas des vrais liens avec la vie du coureur. C’est plutôt la saga d’une famille lisboète où les sujets seraient la transmission père-fils, la violence conjugale et paternelle, et en général les relations entre les membres de la famille avec ses secrets, ses traumatismes et ses non-dits.

Avec la famille comme à thème et fond du roman, Peixoto choisi une forme plutôt alambiquée où plusieurs narrateurs entremêlent leurs récits, des récits qui se déroulent dans des différentes temporalités. Cet enchevêtrement de narrations est sans doute intéressant mais à mon sens nuit un peu la lecture de l’œuvre, surtout dans les parties où les paragraphes commencent et finissent abruptement au milieu d’une phrase. Parfois ces phrases continueront telles quelles dans le paragraphe suivant, parfois, trois paragraphes plus tard, parfois jamais, qui sait ? C’est vraiment complexe, amants de la logique et la rigueur devront faire un effort colossal pour ne pas jeter le livre par la fenêtre.

Car, aussi talentueux qu’il soit, Peixoto n’est pas Vargas LLosa. Lors que le Prix Nobel Péruvien faisait des narrations entremêlées dans des romans comme ‘Conversation à la Cathédrale’, cette exhibition virtuose compliquait, certes, la vie au lecteur, mais jamais n’entamait la lisibilité ultime de l’œuvre. À contrario, Peixoto ne semble pas se soucier du confort du lecteur et a l’air de vouloir séduire plutôt le monde intellectuel, proposant une narration sans concessions, tellement embrouillée qu’il est presque impossible de ne pas s’égarer. C’est sans doute voulu.

J’ai quand même aimé cette lecture, mais à la fin du livre j’ai décidé de relire les premières 50 pages du livre, et j’ai confirmé que cela n’est pas vraiment lisible d’une façon raisonnablement logique. C’est vraiment confus même à la deuxième lecture. La preuve est que dans le quatrième de couverture (et dans plusieurs critiques aussi !!!) on parle d’une narration à deux voix père et fils, or il s’agit bien de trois narrateurs (voir paragraphe plus bas sur les narrateurs). À mon sens, le roman aurait largement bénéficié d’une simplification de son partie pris stylistique.

Les trois narrateurs : Le roman s’œuvre avec la narration du père de Francisco Lazaro, qui est à l’article de la mort. Par le reste du roman, le défunt racontera la vie de sa famille, sa femme et leurs quatre enfants, Maria, Marta, Simâo et Francisco ; dès ses amours de jeunesse jusqu’à même après son décès.  Une séquence que j’ai trouvé fabuleuse met ce personnage, années après sa mort, dans une conversation imaginaire avec sa petite fille, où elle souligne tous les mauvais côtés qu’il a soigneusement évité de raconter dans sa propre narration.

Très vite, un deuxième narrateur entre en jeu, sans trop de détails clairs, mais visiblement beaucoup plus jeune. Même si on est tenté de croire que c’est le même narrateur qu’au début, on comprendra beaucoup plus tard qu’il s’agit du fils de Francisco. Dans sa narration, le fils de Francisco parle d’un oncle borgne qui travaille dans l’atelier, c’est le premier lien qui nous permettra plus tard faire le lien avec Simâo, le frère maudit de Francisco, et commencer à donner sens à l’ensemble. Aussi la première fois qu’on voit des photos de Maria et de Francisco, sera à travers les yeux de cet enfant narrateur.

Le troisième narrateur sera Francisco lui-même ; il reprendra les règnes de la narration un peu plus tard dans le livre, et ses réflexions seront imbriqués avec les kilomètres qu’il parcourt lors de son marathon olympique. À mon sens le moins intéressant des trois narrateurs, même s’il est quelque part le protagoniste du roman. Ces trois narrations s’entremêlent constamment parfois sur des paragraphes très courts, sautant entre les timelines sans que Peixoto nous fournisse toujours les clés pour comprendre qui raconte quoi. C’est ambitieux, mais seulement partiellement réussi à mon sens.

‘Le cimetière de pianos’ est une œuvre belle et engagée, mais malheureusement trop souvent parasitée par un parti pris complexe et prétentieux, qui ternit la beauté de la prose de son auteur.


Citation :

« (…) tu es mort, mais tes erreurs continuent encore bien vivantes. Tes erreurs restent. »

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