(1847)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Sylvain Pons est un vieil homme, sans un sou, qui vit avec son seul ami fidèle, l’allemand Schmucke. Tous les deux sont musiciens et vivotent dans des conditions déplorables, toujours surveillés par la concierge de leur immeuble miteux, Madame Cibot.
La famille de Pons, ses cousins riches, le tournent le dos et le méprisent régulièrement mais une évaluation des œuvres d’art qui le cousin Pons possède va faire resurgir la cupidité et le calcul dans son entourage.
Dépouillons le cousin Pons ! :
Ce roman magnifique se centre sur la triste figure du cousin Pons. Sylvain Pons est un homme laid (décrit même comme un « monstre-né », dans la citation en bas) et pauvre, présenté comme une relique d’un temps révolu (Pons se cœuvre avec un pardessus de l’époque napoléonienne dont tout le monde s’en moque). Sa gentillesse contraste avec l’univers sordide qu’il habite, à peine enjolivé par les œuvres d’art qu’il collectionne, à coup de grands sacrifices. En grand gourmand, Pons sera disposé à accepter toutes les vexations et railleries de ses cousins les Camusot (des riches snobs qui le méprisent), à condition d’être invité à leur table. La nourriture et l’art, voici les seules passions dont le brave Pons n’arrive pas à s’en passer.
Les personnes qui entourent Pons vont dévoiler au fur et à mesure leur vrai visage mesquin. La cousine Camusot, la concierge Mme Cibot, le brocanteur Rémonencq, l’avoué Fraisier, et le collectionneur Magus vont comploter pour dépouiller Pons à son insu. Ils sont tous affreux et moralement pourris. C’est un peu le même schème que le père Goriot et ses filles, Pons est une proie facile du calcul et de l’avidité et tombera facilement dans le panneau des faux semblants et l’hypocrisie. Son seul ami fidèle sera, Schmucke, aussi pauvre et misérable que Pons.
Ce roman fait partie des Scènes de la vie parisienne, couplé avec « La cousine Bette », qui est un peu son penchant opposé dans le cycle des « Parents pauvres » : L’amertume et mesquinerie de Bette, contraste avec la gentillesse et ingénuité de Pons. Un classique inoubliable que cependant met beaucoup de temps à démarrer. Attention, les premières cent pages sont consacrées à un très lent set-up, qui nous présente les personnages, les ambiances, et prépare l’intrigue et les enjeux. Une fois l’action déclenchée, les effets narratives s’enchainent d’une façon vigoureuse et la réflexion sera d’autant plus profonde et percutante.
Ce merveilleux Balzac, même si triste et sombre à souhait, est probablement une des dernières grandes œuvres de la dernière partie de sa carrière.
Citation :
« Pons n’avait jamais vu de femmes lui sourire. Beaucoup d’hommes ont cette fatale destinée. Pons était monstre-né ; son père et sa mère l’avaient obtenu dans leur vieillesse, et il portait les stigmates de cette naissance hors de saison sur son teint cadavéreux qui semblait avoir été contracté dans le bocal d’esprit-de-vin où la sagesse conserve certains fœtus extraordinaires. Cet artiste, doué d’une âme tendre, rêveuse, délicate, forcé d’accepter le caractère que lui imposait sa figure, désespéra d’être jamais aimé. Le célibat fut donc chez lui moins un goût qu’une nécessité. »








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