(O lapis do carpinteiro, 1998)
Traduction : Ramón Chao, Serge Mestre. Langue d’origine : Galicien
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
1936, juste après le coup d’état fasciste en Espagne. C’est l’histoire de l’amour entre Marisa Mallo, héritière d’une famille conservatrice proche du franquisme, et le républicain Docteur Da Barca, emprisonné à Saint Jacques de Compostelle par ses idées politiques. Cette romance invraisemblable se combine avec le quotidien et les réflexions d’Herbal, surveillant de prison et homme de main des fascistes, souvent occupé à s’en débarrasser des prisonniers politiques qui dérangent.
Le docteur républicain, le gardien de prison et le crayon du charpentier :
Dans ce roman complexe, confus et certainement pas facile à suivre, le crayon qui lui donne titre sert de lien d’union aux éléments parfois épars qui composent la narration. Herbal, le gardien un peu passif qui exécute des prisonniers politiques à ses heures, récupèrera ce crayon d’un peintre emprisonné qu’il a été commandité de tuer. Niché sur l’oreille du gardien, le crayon projettera la voix du peintre assassiné, véhiculant autant des réflexions sur le bien et le mal que des conseils de psy. Le crayon s’érige ainsi en conscience et mémoire de cette époque convulse qui a précédé la longue dictature de Franco.
Le roman est structuré d’une façon vraiment alambiquée. Il commence par la fin, avec le vieux Daniel Da Barca remémorant face à un journaliste, les débuts de son grand amour. Puis le récit saute à Herbal le gardien, qui a son tour plonge dans son passé, et puis les narrateurs, les personnages et les temporalités s’entremêlent de façon désordonnée, avec une narration parfois à la première et parfois à la troisième personne. Puis, peu des fois l’écrivain prévoit dire clairement le nom de la personne qui est en train de prendre les règnes du récit. C’est superbement écrit, mais beaucoup trop facile de s’égarer.
Ce style complexe et cette narration polyédrique apportent un charme poétique indéniable au roman, mais de ce fait, la psychologie des personnages peine à se dessiner, et le déroulement de l’histoire se trouve alourdi et entravé par les complications stylistiques dérivés du dispositif narratif. La prose est précieuse, mais il faut rester concentré aux changements de narrateur notamment en début du livre. Après petit à petit les pièces s’emboîtent et on finit par s’y retrouver.
Beau récit sur la guerre civil espagnole sous l’ombre du franquisme, qui aurait bénéficié d’une narration un chouia moins dense.
Citation :
« J’étais un surveillant qui ne surveillait pas. Personne n’allait fuir. Pour quoi faire ? L’Espagne entière était une prison. C’était la vérité. Hitler avait envahi l’Europe et gagnait toutes les batailles. Les rouges n’avaient plus où aller. Qui allait bouger ? » (Traduction improvisée)








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