(The mayor of Casterbridge, 1886)
Traduction : Philippe Néel. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Michael Henchard, un jeune travailleur des champs, profondément alcoolisé lors d’une fête au village, décide de vendre sa femme et son enfant aux enchères par cinq guinées. Au réveil le lendemain, voyant qu’il a vraiment perdu sa famille, fera le serment de ne plus toucher à l’alcool. Après deux décennies d’abstinence et rigueur, ce même homme deviendra le maire de Casterbridge. Mais le passé risque de faire surface lorsqu’il envisage un nouveau mariage.
Les fantômes du passé :
Le passé qui revient, et face auquel on est démuni, est le sujet favori de Hardy, et il est présent, à ma connaissance, dans toutes ses œuvres : le mariage précipité du jeune Jude, l’obscure, la jeune Tess victime d’un viol, la proposition trop hâtive du jeune Oak. Mais ici, c’est vraiment l’explosion. Une fois que le passé commence de revenir, il ne va pas arrêter de foisonner de tous les côtés. Un nombre incalculable de coïncidences, vont mettre au cœur du récit, et juste au moment critique, les fantômes de ce passé dont on veut toujours s’échapper.
Et c’est justement cela qui crée les conflits dans ce récit, tous les personnages sont piégés par le poids du passé, et seront contraints d’agir d’une certaine façon. Henchard, homme réservé mais impulsif, pris par des crispations et colères lunaires, sera le centre de tous les conflits du roman, et son arc narratif se déclinera en plusieurs lignes qui évolueront sans cesse, au fur et à mesure que les évènements explosent autour de lui.
On trouve dans ce roman une demi-douzaine de personnages merveilleusement écrits, remplis de contrastes et tiraillés de tous les côtés, qui se verront incapables de faire tabula rasa des erreurs commis dans la jeunesse. Ils seront empêchés de vivre par les dictats de la puritaine société de provinces. Comme d’habitude chez Hardy, on est devant une critique sans appel des mœurs de l’Angleterre victorienne.
C’est un Hardy majeur, toujours dans ce ton sombre et mélancolique qui caractérise cet écrivain, probablement celui qui a l’intrigue le plus complexe et le plus grand nombre de rebondissements. Parfois on se croirait dans un Shakespeare style ‘La nuit de rois’, tellement il y a des apparitions qui changent la donne à la dernière minute. C’est un magnifique roman, idéal pour une première approche de l’œuvre de cet écrivain fantastique, avant d’entamer ses œuvres magnes ‘Tess d’Urberville’ ou ‘Jude, l’obscur’.
Citation :
« Il avait toujours eu le regard de sa faute, mais ses tentatives pour donner à l’amour la place de l’ambition s’étaient montrées aussi vaines que son ambition même. »








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