(The Mill on the Floss, 1860)
Traduction : F. d’Albert-Durade. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Les enfants Maggie et Tom Tulliver, frère et sœur, habitent dans une maison attachée au moulin de Dorlcote, sur le fleuve Floss. Philip Wakem, un enfant sensible et bossu, devient le meilleur ami de la tendre Maggie, mais leurs familles respectives sont effrontées par cause d’une vieille affaire, et leur amitié n’est pas vue de bon œil pour le frère de Maggie, l’arrogant et sec Tom.
Les années passent et la situation économique autour du moulin devient insoutenable. Arrivés à l’âge adulte et l’amour commençant à se dessiner entre Maggie et Philip, Tom fera tout pour les séparer. C’est alors que la cousine Lucy présente son fiancée Stephen, dont la présence compliquera le conflit.
Le moulin de tous les conflits :
Mary Ann Evans, comme beaucoup de femmes écrivaines de son époque, écrivit toujours sur un pseudonyme masculin. Publiée sous le nom de plume de George Elliot, « Le moulin sur la Floss » est une œuvre magnifique, habitée par des personnages décrits avec beaucoup de sensibilité, une ambiance soignée avec la présence omniprésente du fleuve, et hanté par le poids du passé, symbolisé par cette vieille querelle qui sépare les familles rivales. « Le moulin sur la Floss » est son deuxième roman, apparu une douzaine d’années avant son œuvre le plus acclamé, Middlemarch (1872).
Mis à part l’affaire du moulin et la brouille entre les familles, en réalité, c’est le caractère opposé de frère et sœur, qui est à l’origine de la plupart des conflits de ce roman. Tom est rigide, engagé et sévère, tandis que Maggie est indépendante, passionnée et rêveuse. Au milieu, le pauvre Philip, timide et tourmenté par son léger handicap, aura du mal à trouver sa place, notamment lorsque Stephen entrera en action.
Parmi les nombreux thèmes de « Le moulin sur la Floss », on trouve celui du devoir. Cette complexe affaire du moulin va affronter les deux familles et les conséquences seront désastreuses pour le père mais aussi pour Tom et Maggie. Chacun des enfants devra renoncer à quelque chose : Tom devra abandonner ses études pour porter de l’aide à son père, et Maggie se verra contrainte de prendre des distances avec son ami Philip, dont le père était l’opposant dans la querelle qui a séparé les familles.
C’est une histoire aux accents de Roméo et Juliette, avec certains rebondissements surprenants, et un triangle amoureux qui nous mène à débattre sur l’éternel sujet du devoir face à l’amour, de la raison face aux sentiments. Elliot (ou Evans) est une écrivaine peu connue en France malgré un prestige fabuleux dans l’univers anglo-saxon. Son style relativement morose peut décourager les lecteurs peu habitués aux classiques anglais, mais l’introspection psychologique, la présence de femmes à forte personnalité, et l’analyse poussé de mœurs de l’époque sont au rendez-vous. En tout cas, c’est un merveilleux roman qu’on peut lire comme un avant-goût avant d’attaquer le (encore) plus long « Middlemarch ».
Citation :
« … comme toutes les personnes qui ont traversé la vie en s’attendant à recevoir peu de sympathie, il perdait rarement son sang-froid, et il évitait, avec une fierté très scrupuleuse, de trahir clairement le moindre sentiment. Une légère pâleur supplémentaire, une légère contraction des narines quand il parlait, une voix un peu plus haut perchée, ce qui pour des étrangers aurait pu sembler exprimer une froide indifférence, voilà les seuls signes que Philip laissait voir d’un drame intérieur qui n’était pas dépourvu de violence. »








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