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Le pays sous le vent

Grazia Deledda*

(Il paese del vento, 1931)
Traduction : Chiara Monti et Fabienne-Andréa Costa. Langue d’origine : Italien
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Sardaigne. Nina, jeune timide et innocente, grandit dans une famille aimante qui traverse quelques difficultés économiques. Les parents de Nina louent une chambre à un ami notaire, qui passe sa vie à parler de son fils, Gabriele, un jeune homme charmant qui fait des études de médecine à l’étranger. À tellement entendre parler de lui, la naïve Nina commence à tomber dans une fascination par ce jeune homme qu’elle imagine en prince charmant. Un jour, Gabriele rend visite à son père. Entre Nina et Gabriele s’établit une connexion immédiate, mais les hésitations entre les deux produisent de mésententes. La romance n’arrive pas à se concrétiser, l’occasion passe, et Gabriele repart à l’étranger.

Des années plus tard, Nina se marie. Son fiancé, Attilio, est un homme sérieux et constant, le penchant contraire du frivole Gabriele de son passé. Le nouveau couple finit de s’installer dans un hôtel de province pour passer un court séjour de fiançailles dans une petite bourgade de province près de la mer. Le pays est balayé par un vent implacable mais le couple sort en balade. Le jour même de leur mariage, ils croisent Gabriele, maintenant un homme malade au regard perdu. Nina voit tout son passé faire surface.

Regrets futiles :

C’est un très beau et court roman, écrit avec élégance et perspicacité psychologique par Deledda, un des premières femmes écrivaines récompensés par le prix Nobel. Malgré un certain ton désuet et une protagoniste assez capricieuse, peu engageante et difficile à comprendre, le récit se lit facilement.

Car Nina est, comme beaucoup des femmes à cette époque, victime d’un excès de fantaisie. Elle attend beaucoup trop de l’amour et son imagination débridée la fait dériver vers un monde romantique parfait quand elle s’imagine avec Gabriele. Mais, justement de peur que son rêve se brise, et face à l’inconstance de Gabriele, elle n’arrivera jamais à saisir la chance. Nina sera hantée pendant des années par ce que cette romance aurait pu donner. Mais elle a fini pour s’y accommoder et oublier un peu ses rêves de jeunesse en se mariant avec quelqu’un un peu plus posé et sérieux, qui lui donnera la sécurité, même si peut-être pas vraiment l’amour.

Les retrouvailles avec Gabriele déclencheront cette comparaison entre la vie monotone que Nina entame avec Attilio, et la vie rêvée qu’elle avait envisagée avec Gabriele. Ce dilemme entre vie rangée et vie rêvée est l’axe du roman, et Deledda l’évoque avec intelligence. L’autrice donne suffisants éléments comme pour laisser penser que, derrière la déconfiture de cette vie banale avec Attilio, Nina pourrait trouver un bon compromis si elle réussissait à dépasser ses rêves d’adolescence. En revanche, derrière la vie rêvée avec Gabriele, c’est clair que Nina n’aura pas du tout le happy ending des contes de fées, elle le sait. Les deux hommes sont complétement différents, solide Attilio et changeant Gabriele. Le dilemme s’établit clairement : Ennui avec Attilio ou échec avec Gabriele. La naïve Nina hésite et éprouve des regrets d’un amour de jeunesse qui ne fut jamais. Elle déguisera ses sentiments en pitié par la maladie de Gabriele, et du coup le drame est servi.

L’atmosphère particulière dans cette partie de Sardaigne balayée par le vent souligne l’instabilité et le dilemme de la jeune femme. C’est un beau texte, avec un très bon portrait de la femme hésitante et une réflexion intéressante sur les regrets des occasions perdues, mais il peut sembler un peu convenu par son intrigue aux ficelles un peu trop faciles, l’idée un peu désuète que la femme doit toujours se décrire à travers de l’amour, et ce style quelque part suranné de traiter le mélodrame.


Citation :

« Lui aussi il trouvait dans son petite épouse une femme qui ne connaissait pas encore. Qui lui avait fait souffrir et qui, enfin, n’était plus la douce fiancée de l’hier, mais l’aigre femme de l’avenir. » (Traduction improvisée)

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