(Smert Postoronnevo/Пикник на льду, 1996)
Traduction : Nathalie Armagnier. Langue d’origine : Russe
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Victor Zolotarev vit à Kiev avec Micha, un pingouin récupéré après la crise économique du zoo. Journaliste et écrivain au chômage, il trouve un emploi dans un journal : Il doit rédiger des chroniques funéraires des personnes que sont encore vivantes. Un peu surpris par la démarche, il se met au travail. Il reçoit des dossiers marqués avec des petites croix qui lui serviront à préparer ces fausses obituaires, jusqu’au jour où il découvre qu’une personne dont il a rédigé la chronique funèbre est morte pour de vrai.
La mort et le pingouin :
Ce livre étrange est connu sur deux titres différents en russe, qui se traduisent comme ‘Mort d’un étranger’ ou comme ‘La mort et le pingouin’, ce dernier étant le titre de la traduction anglaise (‘Death and the Penguin’). Dans le titre français, ‘Le pingouin’, la mort est malheureusement oubliée, et pourtant c’est bien la mort le sujet principal du livre, même le pingouin lui-même en sera souvent une métaphore. La mort est omniprésente dans ce roman, mais sans que pour autant le ton soit sombre. Avec la bévue de ce titre et en voyant ce pingouin mignon dans la couverture, vous pourriez vous attendre à un livre drôle. Il ne l’est pas.
La présence dans la maison de Micha, le pingouin dépressif, amène une certaine légèreté à l’ambiance du livre. La relation de Victor avec Micha est difficile à saisir. C’est son fils ? son colocataire ? son alter-ego ? un ami imaginaire ? la mort ? Certains soutiennent qui est une métaphore de l’homme soviétique, paumé après le dégel de la chute du communisme. Un humour légèrement noir donne un air plutôt comique à ce livre, sans que cela devient une farce. Le roman navigue habilement entre la comédie et le drame sans jamais tomber ni dans l’un ni dans l’autre.
Une intrigue assez rocambolesque avec des assassinat commandités, des enterrements solennelles, et des menaces mafieuses, se déploie autour de Victor sans qu’il n’y comprenne grand-chose, se déroulant tout à son insu. Victor est un personnage émotionnellement absent, ni son étrange métier, ni les étonnants mystères, ni le danger qui rôde autour de lui, semblent le décontenancer outre mesure. La famille improvisée autour de lui, ne lui produira pas non plus beaucoup d’émotion, mis à part un certain apaisement. Victor est un personnage froid et difficile à cerner, mais relativement originale. Est-il un héros où un anti-héros ? Le dilemme moral du lecteur face au protagoniste crée un conflit assez bien cherché par l’écrivain.
Malgré quelques longueurs dans sa deuxième partie, le livre est très intéressant, assez originale, et se lit avec plaisir. Kourkov écrivit une suite quelques années plus tard, ‘Les pingouins n’ont jamais froid’ (Закон улитки, 2002).
Citation :
« Une laide vie vaut mieux qu’une belle mort »








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