(De vitvreter titaantjes mene tekel, 1911)
Traduction : Danielle Losman. Langue d’origine : Néerlandais
⭐⭐
Ce que raconte ce recueil de nouvelles :
Dans la nouvelle qui donne titre au recueil, le pique-assiette est Japi, un jeune désœuvré et nonchalant mais touchant et très sympathique, qui veut simplement se la couler douce et vivre sans soucis regardant la mer pendant des heures, ou errant sans but dans les canaux de la ville. Il vivote grâce à la générosité de son entourage. Le narrateur et ses amis le croisent de temps en temps, parfois fauché, avec quelques sous d’autres fois, souvent rêveur et unique toujours.
Existentialisme néerlandais :
Nescio veux dire ‘Je ne sais pas’ en latin. Avec ce pseudo si particulier, l’écrivain néerlandais Jan Hendrik Frederik Grönloh, fait toute une déclaration de ses intentions et de son terrain de prédilection : L’être humain face au doute. De son vivant il publia seulement quelques nouvelles, mais son œuvre fut revalorisé dans les années 70 et maintenant il est considéré comme un des auteurs néerlandais le plus importants de XXe siècle.
Les trois premières nouvelles forment une espèce de trilogie, centrée dans la vie d’un groupe de jeunes qui s’interrogent sur le sens de leurs vies, souvent composées de vagabondages et farniente, sans vraies intentions ni objectifs, le tout dans un ton fortement existentialiste, mais sans rentrer forcément dans des réflexions philosophiques trop complexes. C’est sans doute très autobiographique et il y a une forte probabilité que le narrateur soit l’écrivain lui-même.
Dans ‘Le pique assiette’ (1911), le récit se centre sur le protagoniste Japi, mais nous introduit déjà cette bande d’aspirants à écrivains, artistes ou intellectuels dont la plus haute aspiration serait de ne rien faire. Ils critiquent inlassablement la médiocrité des gens disons normaux, et méprisent leur capacité à travailler et se ranger dans ce qui est attendu d’eux. Dans ‘Titans en herbe’ (1914), le narrateur Koekebakker, maintenant plus âgé, retrace leur jeunesse et les débuts de la bande avec leurs errances dans la ville, leurs interminables discussions sur l’art et la vie, et leurs rêves qui ne se réaliseront jamais, puisque l’un après l’autre vont tous finir par se ranger tristement, dans des vies aussi médiocres que celles qu’ils critiquaient autrefois. Dans ‘P’tit poète’ (1917) Nescio introduit un jeune aspirant à poète, sa vie amoureuse et toutes les déceptions qui vont avec. Et enfin ‘Mine Terkel’ (1943) regroupe une série de articles et courts récits, en lien avec l’ambiance des trois nouvelles.
Cet ensemble de jeunes dilettantes qui se cherchent regorge de mélancolie et nostalgie, grâce en partie à ce portrait très fin et très détaillé d’Amsterdam. Mais parmi l’eau des canaux, la grisaille du ciel et l’humour morne des récits, il y a des chances que le lecteur moderne trouve cela très boring. Car il ne se passe pratiquement rien dans ces nouvelles, tout est misé sur l’ambiance et l’existentialisme de la narration. Tout est aussi terriblement masculin, les personnages féminins sont presque inexistants et ont peu ou pas de poids dans la narration.
À mon sens cela a terriblement vieilli, c’est mignon mais très désuet et pas forcément mémorable.
Citation :
« À vrai dire, nous ne faisions rien d’autre que bavarder, fumer, boire et lire de livres. (…) En y repensant je crois que nous étions une belle bande de zigotos fait pour être riches, mais nous trouvons abject d’avoir ‘du fric’ ; (…) En été, nous passions des nuits entières appuyés contre la grille de l’Oosterpark à discuter à cœur perdu… il nous arrivait aussi d’être moins bavards. Nous restions jusqu’à bien après minuit assis sur le bord du trottoir, a même la rue, le vague à l’âme, regardant les pavés, les pavés et puis les étoiles. »








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