(Le professeur, 1857)
Traduction : Henriette Loreau. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
William Crimsworth est un jeune anglais orphelin, issue d’une famille jadis bourgeoise mais qui n’a plus les moyens, se retrouve à essayer différents travaux sans succès. Jusqu’à qu’il part à Bruxelles où il entamera une carrière comme professeur dans un pensionnat pour des jeunes filles.
Roman magnifique peu connu et/ou mal jugé :
Charlotte Brontë resta presque deux ans en Belgique, d’abord avec sa sœur, en perfectionnant son français, puis seule en exerçant le métier de professeur d’anglais. De ses amours avec le directeur marié et son expérience autant comme élève que comme professeur, Brontë va en tirer son premier roman, ‘The Professor’, un des plus autobiographiques.
Rejeté par toutes les maisons d’édition de l’époque, Charlotte le mit dans un tiroir et se lança dans l’écriture de ‘Jane Eyre’, qui publiera sous le pseudonyme de Currer Bell, avec le succès phénoménal qu’on connait. ‘Le professeur’ ne fut publié que posthumement avec l’accord du mari, veuf et ayant-droit de Charlotte Brontë. Beaucoup de lecteurs considèrent ‘The professor’ comme une œuvre mineure, qui ne fut publié à juste titre car pas assez aboutie. Moi je conteste complétement cette idée. Le roman est fabuleux et, certes, il peut y avoir une plume plus irrégulière, mais l’expressivité de l’autrice et l’intensité et vibrance de la narration sont déjà là. Le rejet de publication peut s’expliquer par plein d’autres raisons.
Pour moi, après ‘Jane Eyre’, ‘Le professeur’ est son meilleur roman. Souvent il est vu comme une étude préparatoire pour son œuvre ‘Villette’ qui suivait une histoire très similaire, mais avec une femme comme protagoniste. Et je crois que c’est cela qu’on ne lui pardonne pas à Charlotte : Oser comme femme d’écrire sur un homme. Ce personnage de William, aussi irréel que des milliers de personnages masculins de la littérature anglaise de l’époque, me semble, au contraire, une réussite, par son originalité, son snobisme, ses leçons de morale à tout va, et son rapport accidenté avec tout ce qui lui entoure. Ses préjugées et sa myopie (réelle et métaphorique) sont la clé du récit.
Les amours de William, sa carrière, le métier de professeur sont au centre du roman. Le sujet principal me semble le choc de cultures entre la façon continental de voir le monde, plus chaotique et improvisé, et la rigidité des mœurs anglais. À découvrir !
Citation :
« Que savais-je de la nature féminine avant mon arrivée à Bruxelles ? moins que rien ; j’avais à cet égard une idée vague, un pressentiment confus à travers lequel mon imagination voyait briller une forme vaporeuse, quelque chose d’insaisissable comme un nuage que la vue seule peut atteindre. Maintenant que je me trouvais en contact avec cette substance éthérée, je la voyais très palpable, souvent pesante, parfois très dure, ayant en elle un mélange de plomb et de fer. »








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