(The return of the native, 1878)
Traduction : Marie Canavaggia. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Le mariage de Thomasine Yaobright et Damon Wildeve est repoussé par une obscure histoire légale, mais la réalité est que le mondain Damon hésite à reprendre ses amours avec Eustacia Vye, une femme passionnée et indomptable, à l’opposé de la gentille et naïve Thomasine. Eustacia entretient cette flamme, mais en réalité elle rêve plutôt d’une vie plus luxueuse et aventurière. La belle et vaniteuse Eustacia voit le ciel ouvert quand Clym Yaobright, le cousin de Thomasine, revient au pays de natal, après un séjour à Paris, où il a mené une brillante carrière marquée par la réussite sociale.
Retour au bercail :
‘Le retour au pays natal’ est un des romans de la première époque littéraire de Thomas Hardy, un peu moins fin que des œuvres postérieures, notamment dans la présentation des personnages et des enjeux de l’intrigue. L’incroyable beauté lyrique de son style est déjà dépliée en toute majesté, mais la structure n’est pas aussi à la hauteur, du coup le résultat est seulement partiellement réussi. Plus vous serez intéressés dans la beauté des mots (notamment si vous le lisez en anglais), plus ce roman va vous ravir. Inversement si vous aimez les romans victoriens plutôt par ses intrigues dramatiques, votre avis sera probablement un peu plus mitigé.
Car le roman prend énormément de temps à préparer son envol. La phase de présentation des enjeux s’allonge sur plus d’un tiers du roman. On passe beaucoup de temps avec des personnages complétement secondaires, en faisant pas mal de surplace, rajoutant description sur description qui rallongent le récit de façon pas vraiment nécessaire. Seulement le merveilleux personnage de l’indomptable Eustacia Vye, héroïne majeure de la littérature Hardyenne, permet d’avancer avec intérêt lors de ces premiers chapitres soporifiques. Elle est drôle, fascinante et ambivalente, toujours prête à laisser tomber ce qui est acquis pour plonger dans un nouveau rêve encore plus vain. Thomasine Yaobright et Damon Wildeve sont des personnages relativement unidimensionnels et beaucoup moins intéressants, dont les atermoiements ne susciteront vraiment ni l’émotion nécessaire, ni le relief comique.
Clym, le personnage centrale et catalyseur de tous les enjeux dramatiques, n’arrivera jusqu’à presque la page 200 (le roman en fait un peu moins de 500 dans son édition anglaise). Clym Yaobright est un personnage relativement complexe, porteur des thèmes que Hardy veut développer. Son retour au pays natal n’est motivé pour la nostalgie (ou moins pas entièrement), mais plutôt par un souhait de retrouver des valeurs plus solides, saines et profondes. Clym ne veut plus rien savoir des vanités ni des fastes de la grande ville, et rêve de s’installer en campagne et de travailler dans des objectifs plus nobles comme l’éducation des enfants pauvres. Le contraste entre ce retour au bercail et l’ambition radicalement contraire d’Eustacia Vye de briller en société, va créer le drame du roman. On parle de Thomas Hardy, donc la tragédie n’est jamais trop loin.
À partir de l’arrivé de Clym, le roman finit par décoller, le reste se lit avec beaucoup de plaisir et la magie du meilleur Hardy fait finalement son effet. L’intrigue devient un frénétique bal de chassés-croisés dans lequel chaque personnage soupire par un personnage qui soupire par un autre, qui à son tour soupire par un autre et ainsi de suite. Critique non dissimulé de la vanité, des caprices et des velléités de la vie citadine, ‘Le retour au pays natal » est un chant d’amour à la région imaginaire de Wessex qui apparaît dans une bonne partie des romans de Thomas Hardy. Une terre qui incarne l’Angleterre des vieilles bonnes valeurs, de dur labeur, de gentillesse et du partage. Ce n’est pas un roman conservateur malgré ce thème, car la sensibilité et finesse de Hardy permettent de nuancer tous ces propos.
Le premier chapitre, une description de cette lande de Egdon (souvent considéré le personnage principal du livre), fait partie des pages les plus brillantes de la littérature anglaise, d’un point de vue beauté du langage. Malheureusement tout n’est pas à la même hauteur, et même si un fois en route le roman se lit avec aisance, l’intrigue est par moments trop banale et les rebondissements viennent trop souvent de ce que les anglais appellent unnecessary drama, c’est-à-dire des casualités trop convenues : Conversations qui sont entendues seulement partiellement et donc mal comprises, des lettres qui arrivent trop tard à sa destination, des personnages qui se ratent de peu, ou des échanges de dialogues qui permettraient de tout éclaircir mais qui ne se produisent pas par un concours de circonstances. Pas sûr que cela vaille le coup si vous le lisez en français, car ces principaux atouts sont le style poétique et brillant et l’écriture raffinée et relevée. Avec tout, c’est quand même un très beau Hardy.
Citation :
« Elle avait été une adorable merveille, prédestinée à circuler dans une orbite dans laquelle lui tout entier n’occupait qu’un point, (…) » (Traduction improvisée)








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