(1888)
Langue d’origine : Français
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Angélique est abandonnée à sa naissance. De foyer en foyer, elle finira par s’échapper et sera trouvée demi morte, ensevelie dans la neige sur les marches de la cathédrale de Beaumont sur Oise, la veille de Noël. Les Hubert, couple aimant qui souffre le malheur de ne pas avoir de descendance, va l’adopter. Elle devient brodeuse et travaillera dans l’atelier du couple, qui produit de chasubles pour la cathédral.
Entourée de religion, l’orpheline grandit. Les rêves mystiques de l’adolescente Angélique vont se concrétiser dans le jeune Félicien, mais cet amour s’avèrera impossible. Le réveil du rêve risque d’être brutale.
Extases oniriques dans le moins Zola de tous les Zola :
‘Le rêve’ est le seizième volume de la série Les Rougon-Macquart, centré sur la religion et la foi des gens ordinaires. Il est très apparenté avec ‘La faute de l’Abbé Mouret’ avec lequel il garde pas mal des liens en commun.
Après la réaction virulente autour de son roman le plus scabreux, ‘La terre’, Zola semble vouloir se racheter une réputation et nous offre une parenthèse dans son style habituel. Rien de scandaleux, pas de sexualité débridée, pas de cynisme ni misère morale, pas de critique des institutions ou la religion, même pas de noirceur, roman apte pour les enfants. Dans ce Zola peu habituel, plus convenu, on trouve religion et mysticisme, amour pur et absolu, et une protagoniste qu’on dirait sortie d’un film genre ‘Le miracle de Bernadette’, presque un ange.
C’est un Zola décidément mineur, qui ne lui ressemble certainement pas, probablement un des moins intéressants de la série (‘Son excellence Eugène Rougon’ reste toujours le plus faible à mon sens), et par moments le roman est bien ennuyeux avec toutes ces niaiseries et bienséances. Belles phrases, roman bien écrit mais l’intrigue est très simple, trop simple. Le roman est court et cependant, cela prend énormément de temps à démarrer. Pendant presque 80 pages on trouve Angélique avec ses histoires des saints, à songer à son rêve, à lire ‘La légende dorée’, on n’en peut plus. Jusqu’à l’apparition de Félicien, le roman est vraiment plombant. Le développement de l’histoire d’amour (Le rêve devient réalité) est sans doute la meilleure partie du roman. La géographie architecturale des lieux, entre les jardins cachés et les toits abrités par le contrefort de la cathédrale, y est pour beaucoup.
Très peu des personnages, parfois on est presque dans un huis-clos. L’innocente Angélique n’a pas été envoyée à l’école et, cloitrée dans cet atelier et cette maison écartée du monde réel par la masse imposante de la cathédrale, vivra appart de la société et se créera un univers songé, plein de saints et des princes charmants. En proie à des dérivés mystiques et à des rêves exaltés, Angélique est le symbole de la pureté. Les parents adoptifs de Angélique sont un couple touchant et gentil, mais on n’approfondit pas énormément dans leur psychologie, comme on aurait pu s’attendre de Zola, sauf pour évoquer la détresse ramenée par l’absence de descendance. Félicien semble peu défini aussi, ses faiblesses à peine esquissées, on le voit plus comme le prince charmant rêvé par Angélique que comme une personne en chair et os. L’évêque, père de Félicien, est très peu présent, symbolisant quelqu’un de tout-puissant presque extérieur au récit. Les espaces de la cathédrale semblent avoir plus de personnalité finalement. De tous les volumes de la série, c’est sans doute celui-là qui a les personnages les moins intéressants et marqués.
Très dommage que le roman ne traite pas vraiment le sujet de l’adoption et qui ne suive pas l’histoire de la mère biologique d’Angélique, l’intrigante Sidonie Rougon, qu’on connait bien depuis ‘La Curée’, mais qui ne jouera aucun rôle ici, mis à part abandonner Angélique à sa naissance.
Parabole sur l’innocence et la relation entre le rêve et la réalité, ‘Le rêve’ fut un succès de publique, mais à niveau critique il ne réussit pas à apaiser ses détracteurs ni à lui faire rentrer dans l’académie (clairement la seule explication des intentions derrière ce roman mièvre). Zola va clore la parenthèse convenue dès le roman suivant, car dans ‘La bête humaine’ il redoublera la dose du noir. Tant mieux.
Citation :
« Seule, la Légende la passionnait, la tenait penchée, le front entre les mains, prise toute, au point de ne plus vivre la vie quotidienne, sans conscience du temps, regardant monter, du fond de l’inconnu, le grand épanouissement du rêve. »








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