(1831)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Julien Sorel, jeune homme originaire de province, fils d’un charpentier, rêve de se hisser en société, et pour ce faire rentre au clergé. À Besançon, il fréquentera la maison des Rênal, se passionnant pour la femme du maitre de la maison. Utilisant tous les moyens qui lui permettent d’assouvir ses ambitions démesures, Sorel se projette dans un avenir radieux qui le conduirait jusqu’à Paris. Sauf que dans la France de la restauration, Sorel devra garder sous clef son admiration pour Napoléon, et présenter son meilleur sourire royaliste.
Orgueil et ambitions d’un paysan cynique :
Le sens du titre de ce classique incontestable de la littérature française reste toujours dans le brouillard, parfois attribuant le rouge à l’armée (malgré l’uniforme bleu de l’époque) et rapprochant le noir à la soutane du clergé. Mais plus souvent, le rouge sera plutôt une métaphore de l’amour et la séduction, incarne dans le rouge à lèvres. Le rouge et le noir de la roulette est un autre sens possible, et en plus le rouge et le noir c’est aussi le nom d’un jeu de cartes en vogue à l’époque. On trouvera cette ambiguïté du titre dans le personnage principal du livre.
Julien Sorel est un anti-héros classique du roman de XIXe. Cynique et calculateur, il utilise les femmes comme à tremplin social, et le clergé comme à simple moyen de se procurer une meilleure position. Il change de principes selon son interlocuteur, et il ne fait aucun pas qui ne soit pas destiné à son ascension sociale. L’église ou les femmes, tout peut servir à Sorel d’échelle pour se hisser en société, il suffit de miser sur ce qui lui rapportera plus de bénéfice, sans aucun état d’âme. Mais Sorel a un côté autodestructeur qui émaillera tout essai d’assouvir le bonheur par son incapacité à profiter de la réussite. Les caprices de ce personnage égoïste, orgueilleux et rempli de défauts seront un test pour l’empathie du lecteur, mais son arc narratif sera profond et intéressant.
Contrastant tout le long du roman l’univers honnête et posé de la bourgeoisie paysanne avec la corruption et la vanité sans scrupules des élites citadines, Stendhal nous offre une vision impitoyable de la société française pendant la Restauration, critiquée sans gêne à travers le point de vue de Sorel. Bonapartiste dans l’âme, notre héros sera contraint à la dissimulation et l’hypocrisie pour pouvoir survivre dans cet univers hostile à sa vision du monde.
Ce merveilleux deuxième roman de Stendhal développe ses thèmes et ses personnages petit à petit, dans un engrenage narratif finalement plus complexe qu’on ne s’attendait au départ, abandonnant son côté feuilletonesque en faveur d’une réflexion acérée sur le rapport ambigu entre l’honnêteté et la réussite sociale.
Citations :
« Mme de Rénal fut frappée de l’extrême beauté de Julien. La forme presque féminine de ses traits, et son air d’embarras, ne semblèrent points ridicules à une femme extrêmement timide elle-même. L’air mâle que l’on trouve communément nécessaire à la beauté d’un homme lui eût fait peur. »
« Chacun pour soi dans ce désert d’égoïsme qu’on appelle la vie. »
« Pourquoi veut-on que je sois aujourd’hui de la même opinion qu’il y a six semaines ? En ce cas, mon opinion serait mon tyran. »
« L’hypocrisie, pour être utile, doit se cacher. »








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