(2004)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Région des pouilles, sud de l’Italie, 1875. Le voyou Luciano Mascalzone rentre au village de Montepuccio après quinze années passées en prison, avec l’intention de posséder, quitte à violer, Filomena Biscotti, et accepter la vengeance du village tout de suite après. La femme, interloquée, se donne à lui. De cette union inattendue naîtra Rocco, enfant maudit par tout le village. Vite devenu orphelin, le prêtre Don Giorgio sauve l’enfant du lynchage et le confie en adoption chez les Scorta, des pêcheurs du village voisin. Rocco, adulte, revenu à Montepuccio, mariera une femme muette et aura trois enfants : Domenico, Giusseppe et Carmela. Les trois Scorta-Mascalzone seront autant craints que méprisés et, désespérés par le manque de ressources, décideront de s’exiler à New-York, aux États-Unis. Le destin de la lignée sera marqué par la misère, le malheur et la violence.
« Rien ne rassasie les Scorta » :
Cette fabuleuse saga familiale se déroule sur 5 générations le long d’un siècle. A la façon de Zola et la saga des Rougon-Macquart, Gaudé imagine une tare héréditaire, une rage inapaisable qui consomme les Scorta-Mascalzone et empêche toute idée de bonheur ou d’adaptation en société (voir citation plus bas). Touchés par la violence, la soif de destruction, le non-conformisme et l’incapacité de s’adapter à tout ce qui est extérieur à la famille, les Scorta seront condamnés à rester dans l’aride région des pouilles. Le soleil écrasant façonnera leurs existences et rejettera toute idée d’un ailleurs où ils pourraient recommencer. Le lien incassable de leur sang avec la terre, la chaleur et la lumière de cette région (le talon de la botte de l’Italie), sera l’axe sur lequel va se vertébrer ce roman.
Malgré des existences sombres et misérables, l’honneur des Scorta sera toujours inébranlable, un sentiment de fierté familiale, qui dépasse toute autre considération. Carmela l’évoque clairement quand elle reconnait qu’elle n’est pas Madame Manuzio mais plutôt la sœur des Scorta. Cependant, les instants de bonheur de cette famille seront épars et marquants. Dans ce sens, la séquence du repas familier au trabucco de la famille (espèce de cabanon de pêche, perché sur les falaises) sera probablement un des moments les plus évocateurs du livre.
Le récit est étonnamment court pour une épopée qui traverse autant de générations, et c’est le seul bémol que je peux trouver à ‘Le soleil des Scorta’. Cent pages de plus n’auraient nuit ce roman en rien et auraient permis de développer un peu plus les personnalités des trois frères (quatre si on compte Rafaelle, frère d’adoption) et leurs familles. Les personnages, dans l’état, restent parfois peu dessinés (notamment Giusseppe et Domenico).
Malgré ce petit développement manquant aux personnages, le roman est une réussite. On rentre très vite dans l’ambiance, et on s’émerveille dès les premières pages (le tout premier chapitre est absolument fabuleux, doté d’un grand pouvoir de suggestion). Avec un style évocateur et poétique, Gaudé nous plonge avec style, aisance et maîtrise dans un univers fort et nostalgique. Il ne manquerait que la magie pour rapprocher son œuvre de celle d’un García Márquez, par le sens tragique qui accompagne autant cette famille que la terre où elle habite.
Laurent Gaudé, résidant une partie de l’année dans cette région dont sa femme en est originaire, s’érige en grand connaisseur de l’idiosyncrasie locale, et le roman sonne vrai. Ce merveilleux livre eut un succès marqué autant de publique que de critique, et fut récompensé par le prix Goncourt, l’année 2004.
Citation :
« Elia hurla comme un fou et se mit à rire. Il était plein de l’esprit des Mascalzone et il rit de ce rire de destruction et de haine que la lignée se transmettait de génération en génération. Oui. Tout pouvait brûler. Que diable. »








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