(2011)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Venice, XVI siècle. Le Turquetto est le peintre le plus en vue de Venice, élève du grand Titien, il semble avoir même surpassé le maître. Mais dans l’ambiance hostile aux juifs de la ville catholique, et face à la corruption de l’église, l’artiste cache sa vraie identité. Né à Constantinople, le Turquetto c’est un juif ottoman, qui pour pouvoir peindre, a dû renier sa religion et ses origines et se faire passer pour un catholique.
Énigme du tableau avec conflit de foi derrière :
Arditi commence l’histoire avec un énigme à résoudre : Le tableau ‘L’homme au gant’ du Titien, cédé par le Louvre pour une exposition en Suisse, présente une anomalie chromatique dans sa signature. L’examen certifie que le T de Ticianus serait écrit par une personne différente que le reste de la signature, mettant en cause l’authenticité de la toile. Si le Titien n’est pas l’auteur, alors qui est ce peintre prodigieux ? Est-ce possible que ‘L’homme au gant’ soit la seule œuvre qui ait survit du Turquetto, le plus grand peintre de la Renaissance ? Le livre va s’atteler à déployer la réponse. Le lecteur, happé dès le départ par cet étrange mystère, n’aura aucun mal à rentrer dans ce roman, narré avec brio et classe par Arditi.
Avec ce point de départ l’histoire remonte dans le temps jusqu’à la Constantinople du XVIe siècle, où le peintre du tableau est né. Le jeune Elie grandit avec des grandes ambitions artistiques, que cependant ne pourra pas assouvir, car sa confession juive interdit à l’époque les représentations picturales et le dessin. C’est le début d’une réflexion autour du rapport entre l’art et la religion, qui va s’enrichir, dès son arrivée à Venice, avec un nouvel élément, le pouvoir. Ce triangle entre l’art, la foi et le pouvoir est le squelette qui donne au livre sa solide structure.
Dépeinte comme une institution corrompue dans le plus haut niveau de sa hiérarchie, l’église manipule les masses de fidèles, dans un complexe jeu de calculs et hypocrisies, auquel l’honnêteté de la peinture du Turquetto aura de plus en plus de mal à faire face.
Sans fioritures de langage, avec un style direct, empilant des évènements et des rebondissements, et ellipsant sagement tout ce qui pourrait devenir longueur sans substance, Arditi réussi à proposer un magnifique ensemble très étoffé d’action, mais qui au même temps reste profond et sobre. Le narrateur omniscient à la troisième personne cède le protagonisme à un personnage puis à un autre, créant un ensemble assez polyphonique et riche. Le seul personnage qui restera insaisissable sera le Turquetto lui-même, dont la vie remplie de mensonge et dissimulation ne prendra du sens que face à la toile.
Le tableau existe mais tout le reste est une fiction littéraire assez vraisemblable malgré tout. Belle réussite.
Citation :
« Le maître savait décrire les passions et les émotions comme personne. Il ne les apaisait pas. Il les exacerbait. C’était la peinture des passions faite par un homme capable de les dominer. La peinture d’un homme sans faille. Fort et sûr de lui. Le maître était une forteresse. »








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