(1873)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Les Halles, Paris. Florent, ex convict évadé du bagne de Cayenne, débarque à Paris, prêt à se battre pour prouver son innocence. Il se planquera chez son demi-frère Quenu, marié avec Lisa Macquart, une charcutière digne et toujours impeccable, qui voit de mauvais œil le chaos que ce nouvel arrivant peut provoquer dans leur vie bien rangée.
Gros contre minces :
‘Le ventre de Paris’ est le troisième volume de la série Les Rougon-Macquart, centré sur les petits commerçants en général, et sur le marché des Halles en particulier.
Les Halles venaient d’être complétés en 1870, peu avant la publication du roman. Comme d’habitude chez Zola, ce décor deviendra un personnage à part entière, il prendra la forme d’un monstre qui dévore tout ce qui s’approche. Les produits exposés sont décrits avec une exubérance linguistique hors norme, qui contraste avec les misérables qui ne peuvent pas se permettre l’accès à ces produits. Tous les thèmes du roman tournent au tour de la rivalité entre les personnages qui habitent ce micro univers qui est le marché des Halles. Les jalousies, les médisances, les ragots et les cancans fusent de tous les côtés dans cet univers impitoyable des apparences et des faux-semblants.
Lisa Macquart, la charcutière, est la sœur de Gervaise (‘L’assommoir’), mais son caractère est opposé à celui de la malfamée blanchisseuse. Lisa est droite et honnête, l’incarnation de la vie bien ordonnée. Dans ce roman on trouve aussi sa fille, la petite Pauline Quenu (future protagoniste de ‘La joie de vivre’) et son neveu, le peintre Claude Lantier (fils de Gervaise et futur protagoniste de ‘L’œuvre’)
Les idées républicaines de Florent feront partie du volet politique de ce roman, mais c’est justement ce qui fera son malheur, car étant maigre dans un univers dominé par les plaisirs gustatifs, tout ce qu’il dit est remis en question et suspecté. En effet, une querelle symbolique affronte les personnages plus enrobés contre les maigres. La charcutière Lisa est ronde donc honnête, tandis que Florent est maigre donc sournois. La rivale de Lisa, dite la Normande, est aussi grasse. Les conspirations et croisements d’accusations en rapport avec le gras et le maigre font partie de la narration : Le gras est apprécié, le maigre suspecté. Le gras est riche, le maigre est pauvre. Cette association simpliste n’est pas celle de Zola, mais celle véhiculé par les commérages des médiocres personnages qui habitent ce roman.
Comme d’habitude dans ses premiers romans, Zola aura le besoin de montrer à quel point il s’est superbement bien documenté. Les étalages de chacun des postes du marché sont décryptés jusqu’à l’extrême. Dans une séquence dantesque inoubliable, une querelle éclate entre les personnages, tandis que le soleil tape fort sur les fromages exposés. Le long de quelques pages, alors que le ton des invectives monte, le regard de Zola se posera sur les fromages qui fondent, dégoulinent et puent.
Un très beau Zola, peut être mineur, mais dans lequel sa prose superbe, son talent pour la description des personnages et le cynisme avec lequel nous montre les petites ambitions des gens médiocres, sont des atouts majeurs.
Citation :
« Les Halles géantes, les nourritures débordantes et fortes, avaient hâté la crise. Elles lui semblaient la bête satisfaite et digérant, Paris entripaillé, cuvant sa graisse, appuyant sourdement l’empire. Elles mettaient autour de lui des gorges énormes, des reins monstrueux, des faces rondes, comme de continuels arguments contre sa maigreur de martyr, son visage jaune de mécontent. C’était le ventre boutiquier, le ventre de l’honnêteté moyenne, se ballonnant, heureux, luisant au soleil, trouvant que tout allait pour le mieux, que jamais les gens de mœurs paisibles n’avaient engraissé si bellement. »








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