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Le volume du temps I

Solvej Balle

(Over de berekening van ruimte I, 2020)
Traduction :  Terje Sinding.   Langue d’origine : Danois
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Tara Selter est dans une boucle temporaire, elle vit inlassablement la même journée, le 18 novembre. Rentrant de Bordeaux, elle devait rester à Paris pendant deux jours, sauf qu’au lieu de se réveiller le 19 novembre, elle a commencé à revivre à nouveau le 18. Toutes les choses, toutes les actions, toutes les rencontres se répètent, sauf que pour tout le monde c’est la première fois. Elle rentre chez elle à Clairon-sous-Bois et explique à son mari Thomas ce qui se passe. Ensemble, ils cherchent les possibilités de faire face au problème et se confortent dans l’idée que le souci va s’arranger de lui-même. Mais le lendemain cela continue, Thomas a tout oublié et elle affronte encore un autre 18 novembre dans lequel tout se répète exactement comme la veille.

Le jour de la marmotte danoise :

La saga ‘Le volume du temps’ consiste jusqu’au présent de 7 livres. Au moment d’écrire ces lignes (2025) les quatre premiers ont été traduits en français. Je suis absolument étonné qu’un roman avec un tel parti-pris puisse se décliner en une série de 7 volumes, courts certes, mais quand même. Parce que, au moins dans ce premier livre, Tara Selter ne fait absolument rien. Elle ne prend presque aucune décision et elle tente bien peu des choses. Elle se contente de vivoter près de son mari, au début lui expliquant chaque jour le problème, puis s’installant à la maison près de lui, mais sans contact.

Le livre couvre tout une année de dix-huits novembre de Tara Selter. 365 journées répétés. C’est long et extraordinairement redondant et à mon sens pas forcement profond ni intéressant d’un point de vue sociologique ou philosophique. Tara est très passive dans sa propre histoire, préférant prendre un rôle contemplatif, ressassant les mêmes réflexions une fois et une autre. Seulement au bout de plusieurs mois elle essayera de rester éveillée toute la nuit, alors que c’est sans doute le premier truc à tenter.

Après le voyage de Paris à Clairon-sous-Bois le troisième jour, elle n’essaie plus de quitter sa maison. Elle ne rencontre jamais personne connue dans le quartier. Tara est dans une situation désespérée mais préfère rester à la maison à rien faire, même elle finit pour laisser son mari en tant que présence fantomatique dans la maison, sans le déranger. Au fait, on entend et on voit son mari un nombre incalculable des fois, mais on n’arrive jamais à rien savoir sur son caractère, je ne saurai pas dire comment il est. Très peu d’introspection psychologique.

Puis, si on réfléchit au sujet d’une façon prosaïque, la logique interne du récit ne se tient absolument pas, notamment concernant les objets autour de Tara. Parfois des éléments qu’elle achète ou prend, reprennent la position de départ le lendemain, mais parfois non. Pourquoi un sesterce acheté dans un atelier d’antiquités à Paris récupère sa place originale le lendemain, mais le télescope, le radiateur et d’autres biens achetés dans des commerces non ? Pourquoi le lendemain un poireau pris dans le jardin laisse une trace dans la terre, tandis que d’autres éléments réintègrent inchangés la position d’origine ? Pourquoi elle est convaincue que certains achats ne disparaitront pas ? Pourquoi certains documents (dont le journal où elle note les jours qui passent) suivent la temporalité de Tara tandis que d’autres disparaissent ? Est-ce tout au petit bonheur la chance ?

Beaucoup trop d’arbitrarité que l’écrivaine balaye d’un revers de la main ; la narration stipule que cela n’est pas logique mais que c’est comme cela. Le lecteur doit l’accepter. Au vu du premier volume cela semble plus une facilité narrative qu’une autre chose. Je comprends qu’il faut accepter la prémisse de base, que le temps est détraqué, mais autre cela, n’aurait-il pas fallu bosser un peu plus pour la cohérence interne du récit ?

L’écriture est belle, et la narration ne manque pas d’intérêt, mais la répétition des réflexions de la protagoniste peut avoir un effet vraiment plombant, elle est franchement presque aussi redondante que la journée qu’elle revit. Je n’ai pas pu éviter de comparer en permanence ce roman avec ‘Le mur invisible’ de l’autrice austrique Marlen Haushofer, qui avait un parti pris jusqu’à un certain point similaire. Dans ce roman une femme essayait de donner du sens à son solitaire quotidien dans une ferme isolé, dans un univers où tout le monde avait disparu. Le confort du prévisible et du quotidien était un des sujets clés, ainsi que la solitude, un peu comme dans le livre de Balle. Sauf que dans ‘Le volume du temps’ le contemplatif ne mène pas à la réflexion, c’est plutôt creux.

Apparemment dans le volume II, Tara se décide finalement à partir à l’aventure. Cela ouvre des nouvelles perspectives, mais je ne suis pas trop sûr de poursuivre la route avec elle, de peur de m’ennuyer davantage avec cette saga ‘trépidante’.

Bof.


Citation :

« J’entends les pas de Thomas. La distance entre nous est infime. Je compte les jours, mais ils ont cessé de creuser l’abîme qui nous sépare. J’ai trouvé ma place dans sa journée. » 

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