(Great expectations, 1860)
Traduction : Charles Bernard-Derosne. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Le jeune orphelin Philip Pirrip, dit Pip, est pressenti pour remplacer un jour le forgeron de son village, son beau-frère Joe Gargery. Mais par une nuit de brouillard, il rentre en contact avec un forçat évadé, Abel Magwitch. Terrorisé par cet homme imposant, Pip sera obligé de lui rendre service pour briser les chaines qui l’emprisonnent, mais il n’en parlera jamais à personne.
Grace à une donation anonyme, Pip aura la possibilité d’avoir une éducation, qu’il saisira en vue à devenir un vrai gentleman londonien, s’éloignant de sa famille. Persuadé que c’est la vielle Miss Havisham qui finance ses études, Pip fréquentera sa maison, plongée dans une ambiance extravagante où le temps semble s’être arrêté. Lors de ces visites, Pip, tombera sous le charme de la fille adoptive de Miss Havisham, la glacial Stella.
Chaines brisées et cœur brisé :
Dans ce roman d’apprentissage, le jeune Pip sera notre narrateur à la première personne. Grace à l’argent du donateur anonyme, ses rêves de grandeur pourront se réaliser, sauf que Pip va devenir un vrai snob, reniant en quelque sorte à ses origines misérables. C’est le prétexte idéal pour déplier une fois de plus les sujets favoris de Dickens, les barrières qui cloisonnent les relations entre les riches et les pauvres.
Le roman baigne dans une atmosphère brumeuse et énigmatique, mélangeant plusieurs romans en un seul : Thriller et intrigue policière, comédie de situation, mélodrame romantique et critique des mœurs. Sous la surface, on sent un univers sombre et truculent, rempli de personnages hauts en couleurs, notamment les deux femmes : Miss Havisham, une vieille dame traumatisée par l’abandon subi à l’autel de son mariage, toujours complotant pour briser le cœur des hommes. Sa fille adoptive sera l’instrument de la vengeance, car effectivement, la belle mais froide Stella n’a pas de cœur. La plupart des personnages sont sombres et excentriques, frôlant la caricature.
Je ne suis pas un grand fan de Dickens, parfois son style élégant, la richesse de son lexique et sa prose prodigieuse prennent la place de la structure, des personnages, des thèmes et du développement de l’intrigue. Comme une jolie enveloppe mais quelque part creuse à l’intérieur. Souvent, par les besoins de la sérialisation, Dickens rajoutait des longs chapitres descriptifs qui alourdissaient le récit. ‘Great expectations’ (‘Les grandes espérances’, ou ‘De grandes espérances’, selon la traduction) fait figure d’exception. C’est un des romans le plus courts de Dickens et la lecture est beaucoup plus simple et dynamique que d’autres œuvres plus rechargées de l’auteur. Cela a une explication : Une crise de ventes de la revue hebdomadaire ‘All the Year Round’, qui publiait ses romans en format série, motiva Dickens à accélérer la publication de son œuvre. Du coup, ce basculement provoqua des gros changements dans la dynamique des chapitres. Dickens densifia l’intrigue, et dosa les rebondissements de façon plus rapide, sans s’épancher trop dans des chapitres descriptifs.
Le résultat est probablement un des livres le plus intéressants et dynamiques de Dickens, un des plus populaires et lus, et un des plus adaptés sur les écrans. David Lean réalisa une fabuleuse adaptation cinématographique en 1946, protagonisée par les jeunes John Mills et Jean Simmons, et avec l’envoutante photographie de Guy Green. Le film n’est pas seulement une adaptation magnifique du livre, mais il s’érige lui-même en un chef d’œuvre de l’histoire du cinéma. À voir absolument, de préférence après la lecture du roman.
Citation :
« On n’est jamais si bien trompé que par soi-même. »








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