(Fuglane, 1957)
Traduction: Marina Heide. Langue d’origine : Norvégien
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Mattis, 40 ans, habite avec sa soeur Hege, 37 ans, dans une maison au bord du lac. Mattis, atteint d’une trouble psychique, peine à trouver un travail car son handicap et son hypersensibilité lui empêchent de se concentrer dans la tâche et d’interpréter correctement ce qu’on attend de lui. Sa sœur Hege subvient aux besoins de la maison et prend soin de lui avec dévotion, mais souhaiterait que Mattis occupe ses journées loin d’elle pour pouvoir se concentrer sur son travail. Un jour Mattis voit une bécasse qui s’installe sur le toit de leur maison pour effectuer sa parade. Fasciné par l’évènement, qu’il considère de la plus haute importance, il réveille sa sœur, mais Mattis est frustré de son manque de réaction face à un évènement aussi capitale.
Portrait d’un homme différent :
Même s’il n’y a pas énormément d’action et il n’y a presque pas de rebondissements, ‘Les oiseaux’ est un roman magnifique qui déploie son charme petit à petit, au gré de ses courts chapitres. Même si narré à la troisième personne, la voix du narrateur nous rapproche de la pensée de Mattis, tandis que le reste de personnages seront vus de façon indirecte, filtrés par sa sensibilité particulière. À aucun moment du roman on ne quitte pas la perspective de Mattis, il est en permanence présent dans le récit, avec son flot intarissable de réflexions et sa sempiternelle incompréhension du monde qui l’entoure. De mémoire je dirais qu’il est présent dans absolument toutes les scènes du livre. Ce parti pris narratif est la clé du roman, et de sa capacité à surprendre et émouvoir le spectateur, car il vivra tout dès son point de vue.
L’ensemble du livre est centré sur le singulier Mattis, sa personnalité et ses particularités. Appelé le ‘benêt’ dans le village, il est atteint d’un trouble psy pas clairement déterminé mais que pourrait aller d’un trouble cognitif à un trouble du spectre autistique. Avec grands efforts de sa part, Mattis essaie de communiquer avec les autres, mais ses interlocuteurs ne suivent pas le cours de ses pensées et préfèrent souvent passer son chemin, l’abandonnant avec ses doutes et ses maladresses. Sa différence, couplée avec son innocence et sa timidité maladive font de Mattis un personnage très attachant.
Le reste de personnages, notamment Hege, ne seront pas dessinés directement, le lecteur n’aura que quelques lignes de dialogue et les pensées de Mattis sur chaque situation. Au lecteur de déduire ce que les autres personnages pensent ou ressentent, tout en sachant que Mattis ne va guère nous aider, car il est souvent à côté de la plaque, soit surinterprétant tout, soit se plaçant en permanence dans l’incompréhension. Pour finir de compliquer ses choses, Mattis et Hege, comme l’écrivain, sont très scandinaves, ils parlent peu et communiquent encore moins. À travers les mots et les pensées de Mattis, on peut imaginer ce que Hege ressent, sœur aimante et dévouée, mais fatiguée par le lourd fardeau qu’elle porte sur les épaules.
Le contraste entre le monde intérieur de Mattis et le monde extérieur, trop difficile à comprendre pour lui, s’accentuera par l’arrivée les nouveaux personnages que Mattis va connaitre lorsqu’il s’improvisera passeur pour déplacer les personnes d’un côté à l’autre du lac avec sa barque. La pression de ce monde extérieur insaisissable est éreintante pour Mattis, qui trouve beaucoup plus facile à comprendre la nature, avec ses lois plus simples et immuables : Les oiseaux, le lac, les arbres…
Le roman est écrit en 1957, à une époque où on ne portait pas vraiment d’intérêt pour le handicap mental. C’est un livre simple mais très original, doté d’une exquisité sensibilité toute en finesse et retenue. Très intéressant pour se mettre dans la peau des personnes qui ont une autre façon de raisonner, et qui ne rentrent pas dans le moule que la société à prévu pour eux.
Citation :
« Tout en se le répétant, Mattis eut le sentiment d’être protégé par des centaines de milliards de gens qu’ignoraient tout sur lui. Entre eux et sa personne, il flottait comme un brouillard clément. Comment c’était bon d’y penser : Une foule innombrable de gens ne se doutait pas le moins du monde qu’il était benêt. »








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