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Littérature Europe Italie Pier Paolo Pasolini Les Ragazzi

Les Ragazzi

Pier Paolo Pasolini

(Ragazzi di vita, 1955)
Traduction : Jean-Paul Manganaro. Langue d’origine : Italien
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Rome, années 40, après la deuxième guerre mondiale. La misère est partout. Dans une banlieue très paupérisé, un ensemble de garçons de rue, trainent le long de la journée et vivotent sans vraiment d’objectif, autre que voler pour manger à sa faim, et faire les quatre-cents coups pour fuir l’ennui. Le récit se centre sur un d’eux, Le Frisé, qui devra grandir au fur et à mesure que son univers sombre dans l’enfer et la déchéance.

Documentaire sur la misère des garçons de rue romains :

Ce premier livre publié de Pasolini marque déjà ce qui sera son œuvre, autant littéraire qui cinématographique. On souligne cette obsession de céder la parole aux misérables, aux déchus, et aux laissés-pour-compte, ce dont on ne parle jamais. Violence, larcins, jeux d’hasard, sexe, prostitution et viols dominent l’existence de ces ragazzi. Leurs vies semblent marquées par le poids du destin, incapables de sortir de l’engrenage funeste d’une existence brisée et sans repères.

Le roman dédié la plupart de ses pages à retracer le quotidien de ces garçons de rue, en insistant en permanence sur le côté misérable de la ville. Les descriptions sont remplies des mots qui indiquent la déchéance et la pourriture. Le mot « sale » est sans doute un des plus fréquents. Une simple baignade dans le Tiber pourrait avoir un effet balsamique pour la narration, mais Pasolini l’accompagne des descriptions très graphiques sur la salubrité de l’eau. Il ne veut absolument pas nous faire rêver avec du lyrisme ni avec la poésie. Avec cette crasse permanente qui domine le récit, il s’attache à nous montrer la dure réalité, sans fards ni subterfuges. Sans pathos.

Ces garçons de rue essaient tant bien que mal d’être heureux malgré que les parents soient souvent dysfonctionnels, l’école n’existe plus, et l’État il y a longtemps qu’il s’est barré des quartiers. Ce sera difficile de trouver de l’empathie avec eux quand leurs actions ne seront pas motivées par la survie, mais plutôt par le pur égoïsme, comme dans cette dure séquence où le Frisé va voler l’argent d’un mendiant aveugle pour le dépenser stupidement et sans aucun état d’âme. La dénonciation sociale de Pasolini sera accompagnée par un certain regard érotisant et une sensualité débridée chez ces jeunes garçons. Attention, à certains moments, cela peut s’avérer gênant ou malsain pour le lecteur de nos jours.

Avec toute cette authenticité, le roman peut devenir un peu indigeste. Mais c’est notamment son manque d’intrigue qui peut faire décrocher le lecteur. Comme à documentaire est peut-être trop redondant, et peut-être trop long. Les personnages peinent à exister, dévorés par la déchéance de l’ambiance. Puis le roman fut écrit dans un dialecte très particulier qui est malheureusement très difficile de capter dans la traduction. J’ai lu la version espagnole qui était très bancale à niveau traduction argotique, et les échos que je reçois de la version française ne sont guère mieux. C’est peut-être une tâche de traduction impossible.

Intéressant mais pas forcément très prenant, malgré quelques moments brillants. Avec un registre et sujet presque identiques mais dans tout un autre continent, préférez le superbe ‘Capitaines de Sable’ (1937) du brésilien Jorge Amado.


Citation :

« Ils étaient de très bonne humeur et avaient envie de plaisanter, sans songer même de loin que les joies sont de courte durée en ce bas monde, et que la chance tourne. »

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