(Soldados de Salamina, 2001)
Traduction : Elisabeth Beyer, Aleksandar Grujicic. . Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman de non-fiction :
Gerone, 1994. L’écrivain Javier Cercas apprend l’incroyable histoire de Rafael Sánchez Mazas, idéologue phalangiste de la droite espagnole. En Janvier 1939, à la fin de la guerre civil espagnole, Sánchez Mazas était prisonnier des forces républicaines, et échappa par miracle à une fusillade s’enfouissant dans une forêt, seulement pour se trouver nez à nez avec un milicien communiste qui, pour une raison inconnue, décida de lui pardonner la vie. Il passera dix jours dans les bois avec quelques jeunes de la région, en attente de las forces fascistes qui se déploient sur le territoire.
Petit à petit Cercas recoupe tous les témoignages disponibles, retraçant ces jours où la vie de Sánchez Mazas, futur ministre de Franco, pendait d’un fil. Mais l’écrivain ne trouve aucune information sur le milicien qui aurait pardonne la vie à Sánchez Mazas.
Reconstruction de la mémoire historique de la guerre civil espagnole :
‘Les soldats de Salamine” est un livre complexe mais qui a un accès très facile pour le lecteur, grâce à une structure très simple qui fonctionne à la perfection. Le roman est divisé en trois parties très nettes. L’écrivain Javier Cercas devient protagoniste et narrateur de la première partie, qui se déroule dans le présent, consacrée au travail d’investigation et recoupage des témoignages, préalable à l’écriture. La deuxième partie revient en arrière dans le temps, pour suivre le parcours de Sanchez Mazas, dès la découverte de l’idéologue phalangiste qui veut importer en Espagne, jusqu’à son périple invraisemblable lors de la guerre civil, ses rencontres ratés avec la mort et ses journées passés dans les bois, aidé par quelques jeunes du band opposé. Dans la troisième partie, Cercas reprend les règnes du récit pour se pencher sur le mystère du milicien qui aurait pardonne la vie de Rafael Sánchez Mazas, en lui laissant la vie sauve pour qu’il s’échappe dans les bois. En tout, l’enquête de Cercas et l’écriture du livre aurait prix environ six ou sept années.
Cerças choisit la même façon de présenter les faits que Truman Capote dans ‘Du sang froid” (1966), roman pionner de la non fiction, basé sur des faits réels et fruit d’une enquête très poussée, menée par le propre Capote. ‘Les soldats de Salamine” est donc un récit pour la plupart de non fiction, car les personnages et les témoignages qui apparaissent dans le livre sont réels. C’est le résultat d’un travail d’investigation méthodique de Çercas, alors un écrivain très peu connu, même si quelques parties peuvent sembler plus romanesques, comme le rôle de relief comique mené par la franche et tendre Conchi, la petite copine de l’écrivain.
Il y a quand même quelques concessions dramatiques, notamment vers la fin du livre, qui sont à demi-avouées dans la narration elle-même, et que je ne spoilerai pas. Peu importe, c’est incontestable que le noyau de l’œuvre est fidèle à la réalité des faits et l’ensemble thématique est traité avec rigueur et sérieux. Le personnage central du phalangiste Rafael Sánchez Mazas est présenté avec ses quelques lumières et toutes ses ombres, frôlant la réhabilitation du personnage mais sans jamais rentrer dedans. C’est une narration peu manichéenne et très aboutie
Très intéressant pour comprendre autant le processus de création littéraire que les jours finales de la guerre civil espagnole, ‘Les soldats de Salamine’ réfléchit aussi sur la construction du récit par les vainqueurs, et les difficultés pour le rétablissement de la mémoire historique. Totalement recommandable.
Citation :
« Je me demandais si ces récits s’ajusteraient à la réalité des faits ou si, de façon peut être inévitable, ils seraient vernis par cette patine de demi-vérités et tromperies qui rend toujours hommage à un épisode distant et pour ses protagonistes probablement légendaire, façon que peut-être ce qu’ils me raconteraient qui arriva ne serait pas ce qui en vérité arriva, ni même pas leur souvenir de ce qui arriva, mais seulement ce qui se rappelaient d’avoir raconté d’autres fois. » (Traduction improvisée)








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