(1869)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Angleterre, fin du XVIIe siècle. Gwynplaine, un enfant de dix ans, habillé en guenilles, est abandonné dans la côté anglaise par une troupe de Comprachicos (Commerçants d’enfants) qui quittent l’Angleterre en bateau. Seul dans les parages isolés de la côte anglaise, transi de froid dans la neige, Gwynplaine trouve un nourrisson dont la mère vient de mourir. Avec le bébé dans le bras Gwynplaine essaie de trouver une ville où ils pourraient se mettre à l’abri. It tombera sur le chemin de Ursus (ours), un vendeur ambulant qui voyage accompagné d’un loup quelque partiellement domestiqué appelé Homo (homme). Dans leur baraque, parmi les potions qu’il doit vendre aux passants, Ursus abrite Gwynplaine et le bébé, qui s’avère être aveugle, pour la nuit. Le lendemain matin, à la lumière du jour, il observe le visage défiguré de Gwynplaine. La mutilation de sa bouche et ses joues lui donne l’affreux aspect d’un rire permanent.
Des années plus tard, on retrouvera Ursus qui a monté un spectacle théâtral avec Gwynplaine (l’homme qui rit) et Dea (le bébé aveugle trouvé par Gwynplaine, maintenant une jeune fille).
Joker, les origines du mythe :
Roman atypique et originale, ‘L’homme qui rit’ est une œuvre de maturité de Victor Hugo, dans laquelle il reprend de façon plus profonde le sujet de l’amour et les apparences physiques, qui avait déjà abordé dans ‘Notre Dame de Paris’. Ici Dea, aveugle, est capable de regarder la vraie beauté de l’âme de Gwynplaine et aller au-delà de sa difformité. Et Gwynplaine, de son côté, n’est pas effrayé par la cécité de la fille, au contraire, il trouve en elle une âme sensible et égale. La pureté et la tendresse de leur amour est exprimée avec beaucoup de délicatesse dans le langage poétique de l’auteur.
C’est un roman complexe, qui part dans plusieurs directions, suit énormément de personnages et situations diverses, et il est rempli de digressions philosophiques et des longues descriptions. Comme son roman précèdent ‘Les misérables’, ‘L’homme qui rit’ cède un protagonisme chorale aux déchus de la société, à ceux qui vivent dans la marge. Hugo critique la noblesse désœuvrée qui regarde ces misérables seulement comme à bêtes de foire, comme à simple sujet de farces et divertissements, existant seulement dans l’univers superficiel de leur souhait d’amusements nouveaux pour distraire l’ennui.
Précurseur du Joker (Némésis du superhéros Batman), qui serait un peu le penchant négatif de Gwynplaine, ce visage défiguré, ce rire permanent, est un symbole fortement métaphorique. Que veut nous raconter Hugo de la nature humaine par cette mutilation qui donne titre au roman ? En ses propres mots : « L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement ».
Un roman merveilleux même si plus méconnu que d’autres titres du génie français, rempli d’amertume et noirceur (« La vie n’est qu’une longue perte de tout ce qu’on aime ») mais profondément humaniste et touchant.
Citation :
« Ursus était remarquable dans le soliloque. D’une complexion farouche et bavarde, ayant le désir de ne voir personne et le besoin de parler à quelqu’un, il se tirait d’affaire en se parlant à lui-même. Quiconque a vécu solitaire sait à quel point le monologue est dans la nature. La parole intérieure démange. Haranguer l’espace est un exutoire. Parler tout haut et tout seul, cela fait l’effet d’un dialogue avec le dieu qu’on a en soi. »








0 Comments