(1856)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Emma est la fille d’un fermier plutôt riche, élevée dans un couvent avec par seule inspiration les romans romantiques dévorés le long de sa jeune existence. Dès la sortie du couvent elle se marie avec le médecin Charles Bovary, qui a été séduit par la finesse d’Emma et ses manières précieuses. Emma croit avoir trouvé le vrai amour et pour toujours, mais très vite elle va déjanter : Son mariage la plombe dans un ennui mortel, et elle réalise que son mari est un homme plutôt médiocre qui ne la comblera par le moins du monde. Caprices, achats, amants, elle essayera par tous les moyens d’échapper à cette vie frustrante et monotone.
Étude d’une femme frustrée :
Classique incontestable de la littérature française de tous les temps, Madame Bovary ouvre la porte à une littérature plus centrée sur l’étude psychologique du tempérament féminin, et au décryptage de ses désirs et ses frustrations, mettant l’homme souvent au deuxième plan.
Suite au scandale qui suivit la pré-parution dans la revue de Paris en 1856, Flaubert fut accusé d’obscénités et immoralité, et mené en justice. Acquitté en février de 1857, le livre fut publié la même année. Avec le précèdent de ‘La femme à trente ans’ (1842) de Balzac qui avait évité le scandale malgré traiter un sujet similaire, ‘Madame Bovary’ est précurseur de toute une sorte de romans du genre similaire : ‘Anna Karénina’ (1877) de Tolstoï, ‘La Régente’ (1885) de Leopoldo Alas Clarín, ou même plus tard ‘Thérèse Desqueyroux’ (1927) de François Mauriac.
Le livre s’attache à expliquer comment Emma, face aux limitations de choix de la femme au XIXe siècle, ne trouvera pas des issues à sa quête désespérée du bonheur. Elle sabordera ses propres rêves aussi futiles qu’ils soient, par cette passion exacerbée et ce sentimentalisme permanent, résultat de toute une vie en réclusion parmi des lectures romantiques et rêves de princes charmants.
C’est un portrait fabuleux de la femme frustrée et de l’insatisfaction qui s’en suit après la découverte des réalités moins glamoureuses de la vie à deux. Pour beaucoup de lecteurs, Emma Bovary fera partie comme Becky Sharp (‘La foire des vanités’) ou la propre Anna Karénina, de ces héroïnes détestées universellement. Dans ces trois cas ces femmes prennent leur destin en main contre la volonté de leurs maris et des dictats de la société, au lieu de ravaler leur frustration et se consacrer à ses enfants. Aucune d’elles n’est pas un modèle de maternité ni de gentillesse, mais visiblement les femmes n’ont pas le droit à être malheureuses, et leur rôle d’épouse soumise et mère dévouée doit passer devant toute autre considération.
Même si j’adhère complètement à ce début de féminisme littéraire, je considère la réputation de l’œuvre un peu trop exagérée (Je trouve plus de perspicacité et finesse dans ‘Anna Karénina’ et ‘La foire des Vanités’ justement), notamment par quelques redondances et longueurs, mais c’est quand même un roman magnifique et profond. Lu à deux reprises à trente ans d’intervalle, le constat est toujours le même : ‘Madame Bovary’ est une œuvre brillante et originale qui nous offre une fenêtre privilégiée sur la vie de la femme bourgeoise dans le Paris du milieu du XIXe siècle.
Citation :
« Elle se répétait : « J’ai un amant ! un amant ! » se délectant à cette idée comme à celle d’une autre puberté qui lui serait survenue. Elle allait donc posséder enfin ces joies de l’amour, cette fièvre du bonheur dont elle avait désespéré. »








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