(Fröken Julie, 1888)
Traduction : Boris Vian. Langue d’origine : Suédois
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte cette pièce de théâtre :
Suède, nuit de la Saint-Jean. Lors d’une fête au château, la fille du comte, Julie, dans l’ivresse de la soirée, descend danser avec les domestiques. Dans la cuisine elle trouve Jean, le valet de son père, et entre eux s’entame tout un jeu de séduction malsain, compliqué d’avantage par l’intervention de Christine, la cuisinière et fiancée de Jean.
Huis-clos entre dominants et dominés :
Le sujet principal de cette pièce est celui de la domination, et la réflexion sur le thème s’étend entre classes sociales différentes, et aussi lors de l’éternel lutte entre les sexes. Julie, sure de sa classe, habitué à dominer les hommes qu’elle a toujours méprisés, s’en prend à Jean du haut de sa supériorité hiérarchique. Mais lorsqu’elle croit avoir une forte emprise sur l’homme, son abandon sera payé cher et l’humiliation qui l’attend risque de tout faire basculer. Jean, représentant du sexe détesté et de la classe inférieure, renvoie le sentiment du mépris, et prends l’emprise sur Julie à son tour, mais cette fois sans aucun scrupule.
Selon le naturalisme théâtral prôné par Strindberg il y a trois principes fondamentaux qui doivent rester simples et circonscrits : Le temps (tout se déroule dans la nuit de la Saint-Jean), le lieu (tout se déroule dans la cuisine), et l’action (le jeu de séduction est la seule intrigue qui nous mène au dénouement). Pas d’actes, ni d’entre-actes, ni de changements de décor ou d’action. Sans rupture aucune, dans cet huis-clos, le développement de l’intrigue se vit presque en temps réel, et jusqu’à ses dernières conséquences.
Le mépris entre classes et sexes dégénère dans ce duel entre ces deux personnages opposés à tous les niveaux. Cette ambition démesurée pour la domination de l’autre est l’axe principale de cette tragédie naturaliste, qui posait les bases de l’ambition de Strindberg de créer un nouveau théâtre, plus réel et près du peuple.
Citation :
« Jean.- Vous me haïssez aussi ?
Julie.- Au-delà des mots ! Je voudrais vous abattre comme une bête.
Jean.- Comme on tue un chien enragé. C’est ce que vous vouliez dire ?
Julie.- Exactement.
Jean.- Mais il n’y a pas d’armes, et pas de chien ! Donc, qu’est-ce que nous allons faire ?
Julie.- Partir.
Jean.- Et nous tourmenter l’un à l’autre jusqu’à la mort ? »








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