(Middlemarch, 1872)
Traduction : Sylvère Monod. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Middlemarch, Angleterre, dans la première moitié du XIXe siècle. Dorothea Brooke, contre les avis de sa famille, gère sa vie avec un pragmatisme et une sens commun particulier, assez dénoué de passion et négligeant tout côté sentimentale, la poussant dans une situation qui finalement la comblera peu. Puis aussi d’autres personnages, comme le docteur Tertius Lydgate, qui, fraichement arrivé dans la ville, plein de jeunesse et entrain, se verra piégé dans une relation amoureuse difficile à maintenir.
Le mariage en province :
Je suis resté très vague dans la synopsis car, pour un livre de plus de 1000 pages, très souvent on nous fait des spoilers de ce qui arrive dans les premières 300 pages du livre, et c’est bien dommage. Bien sûr, l’intrigue n’est pas l’essentiel dans un roman d’Elliot, mais quand même. A travers toute une série de séquences parallèles qui se déroulent de façon simultanée, le roman suit la vie d’un nombre assez conséquent de personnages dans la ville fictive de Middlemarch, dans la première moitié du XIXe siècle, même si le récit se centre sur Dorothea.
Attention, ce roman demande un peu de patience, les premières 300 pages sont assez lentes, la présentation d’un nombre incalculable de personnages et sa mise en situation prend du temps, c’est sans doute le hic majeur de ce livre, mais il est par ailleurs génial. Une fois on commence le développement des arcs narratifs, le roman s’envole et on comprend qu’il soit classé si haut dans la liste des classiques anglais, coude à coude avec Dickens, Brontë et Woolf (Souvent il est même dans la première place).
Le rôle de la femme et le destin qui lui est réservé dans la société provinciale de l’époque, le dilemme entre amour et devoir, et l’usure des mariages avec le passage du temps, sont les thèmes clé du récit, même si beaucoup d’autres sujets sont traités le long de ce pavé. Les rebondissements sont très bien immiscés dans les évènements politiques et historiques qui se déroulent dans l’époque Victorienne, pendant le temps de la narration : L’arrivé du chemin de fer, les reformes politiques, les dictats de la religion …
Malgré un bon sens de l’humour, accentué par un coté ironique fort, le roman a plutôt des teints dramatiques. La critique des mœurs et des conventions sociales est accompagnée des arcs narratifs très soignés, qui nous montrent l’évolution des personnages et la richesse psychologique de leur portrait, très dans le style d’Anthony Trollope, un écrivain anglais de la même époque et dont on peut souligner quelques parallélismes dans la façon d’écrire.
Soyez patients et respirez un bon coup au départ, ce roman est magnifique dès qu’il commence à foisonner.
Citation :
« L’homme dont vous ne connaissez la nature que par ses entrées et ses sorties rapides, durant les quelques semaines de fiançailles où l’imagination joue un si grand rôle, cet homme peut, à le voir dans la continuité journalière des rapports de mari à femme, se révéler meilleur ou pire que ce que vous aviez pressenti, mais certainement il n’apparaîtra jamais absolument le même. Nous commençons par savoir peu et croire beaucoup ; et nous finissons quelquefois par tout le contraire. »








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