(Čudo u Poskokovoj Dragi, 2009)
Traduction : Marko Despot. Langue d’origine : Croate
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Dans un hameau abandonné, perdu au far fond de la montagne croate, le vieux Jozo Aspic vit avec ses quatre fils, des jeunes hommes rustres et peu sociables qui, kalachnikov à la main, font en sorte que personne ne s’approche trop de cet endroit enclavé. Même deux employés de la compagnie électrique qui osent venir enquêter sur la consommation énergétique du foyer seront faits prisonniers.
Après la mort de la femme de Jozo, les hommes peinent à se débrouiller tous seuls, mangent tous les jours de la polenta, leurs habilles sont toujours sales et ne font jamais le ménage. Un jour le curé du village, le seul qui les rend visite de temps en temps, suggère qu’il est temps que Kresimir, le plus âgé des fils, cherche à se marier.
Farce rocambolesque dans les montagnes croates :
Au début du roman on assistera à la mort de la femme du patriarche, avec ses dernières paroles : « Tu es une merde ». Le ton est donné. ‘Miracle à la combe aux Aspics’ est bien entendu une farce désopilante, remplie de situations loufoques et rocambolesques, avec une intrigue détonante qui souvent n’aura ni queue ni tête, mais qui trouvera quand même la bonne dose de dérision.
Les membres de la famille Aspic vivent abandonnés à eux-mêmes, sans respecter la moindre loi, chassent les étrangers à coup de kalachnikov, kidnappent des hommes honnêtes, sont incroyablement sexistes et en général se comportent comme des parfaits abroutis. Malgré cela, Ante Tomić réussi le pari invraisemblable de faire que le lecteur se range petit à petit du côté des frères. Car la réalité est que ces hommes presque sauvages ont vécu dominés par le vieux Jozo, un père autoritaire qui leur a empêché tout contact avec le monde extérieur. Les quatre hommes ont grandi dans l’isolement, sans aucune norme ni organisation sociale, mis à part la dictature parentale et la violence quotidienne de leurs rapports. Malgré que l’univers puisse sembler glauque, le récit est frais, décalé et franchement drôle.
Malheureusement la construction des personnages féminins est un peu moins poussée et elles s’expliquent toujours en lien avec les personnages masculins, ce qui est un peu dommage. Les femmes du récit, même si drôles et avec des forts caractères et personnalités, succombent un chouia trop facilement aux charmes de ces pauvres abroutis pas civilisés. Pas grave, après tout, rapidement les Aspics vont finir pour succomber à leur tour sous l’autorité féminine.
Entre le difficile maintien de l’autarcie montagnarde et le miracle de trouver une femme, le dilemme est servi, apportant au passage toute sa profondeur à cette comédie cocasse, hilarante et unique.
Citation :
« Ils sont jumeaux. Si tu discutes avec un seul d’entre eux, tu ne sais pas ce qu’il veut te dire. »








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