(мојот маж, 2022)
Traduction : Maria Bejanovska. Langue d’origine : Macédonien
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce recueil de nouvelles :
Recueil d’onze nouvelles de l’autrice macédonienne Rumena Bužarovska. Elles sont toutes narrées à la première personne par une femme plutôt bourgeoise, qui décrypte son mari, son amant ou son partenaire, toujours sous une optique cynique, moqueuse ou décharnée.
Mon mari est pénible (et moi aussi) :
Le protagoniste de toutes ses nouvelles n’est pas forcement ni la narratrice ni son mari, mais plutôt le couple et sa dynamique. À travers ce regard sarcastique, décalé et souvent impitoyable, les femmes narratrices exposent les failles de leur partenaire, se plaignant avec amertume et détachement d’avoir pu un jour tomber amoureuses de tels hommes. Dans une bonne partie de ces histoires, ce qui avait fait naître le sentiment amoureux, est justement ce qui n’est plus supporté à présent.
Beaucoup des hommes de ces histoires ont une certaine velléité ou ambition artistique, Qu’ils soient peintres amateurs, écrivains en herbe, chanteurs ou poètes, par la plupart ce côté créatif est moqué et tourné en dérision par la femme narratrice. Sous les yeux des femmes, les hommes sont ridicules, stupides, arrogants et souvent faux. Mais entre les lignes, le récit laisse entrevoir les failles de la propre femme qui fait la narration. C’est sans doute le plus grand atout du livre, cette critique vitriolique de l’homme, accompagnée d’une réflexion sans pitié sur la propre femme. Féminisme avec un twist. C’est fin et astucieux.
Dans ces courtes nouvelles, le lecteur peut être un peu surpris par les chutes, qui arrivent à un moment inattendu, culminant souvent dans une fin ouverte un peu abrupte. Le style est détaché et regorge d’un humour intelligent, souvent noir. Certaines nouvelles sont assez hilarantes, tandis que d’autres ont une tonalité dramatique plus marqué, mais l’ensemble est très solide et équilibré.
Ma favorite est une des dernières, ‘Lilé’, qui expose un couple avec toute sa gamme de défauts, face à une fille atteinte d’un handicap. Dans cette nouvelle, l’enchaînement de mauvaises décisions qui prend notre narratrice est mis en exergue avec le caractère borné et inutile du mari. Le non communication du couple exerce comme à catalyseur des crises du ménage. C’est peut-être la plus dramatique.
Jouissif par moments, émouvant d’autres, toujours grinçant et brillant.
Citations :
« Bien qu’étant gynécologue, mon mari essaie de se faire passer pour un artiste et c’est une des choses qui m’énervent chez lui. »
« Si nous faisons l’amour, il insiste pour que je sois dessus. Il ne m’excite plus, avec sa tête pointue et dégarnie, ses lèvres minces, sa barbe rousse qu’il laisse pousser pendant le week-end. Ses grains de beauté. Ses bras et ses jambes flasques. Alors c’est moi qui dois lui grimper dessus, le chevaucher, donc faire le boulot. Si j’étais couchée ce serait différent. »








0 Comments