(2008)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Paris, années 70. Antoine, jeune luthier, mène une vie sans relief en France, mais tout change lorsque pendant des vacances à Belfast, il fait la rencontre de Jim et Cathy, un couple d’irlandais dont leur fils a été assassiné par les anglais lors des troubles. Antoine enchaine les séjours en Irlande du Nord, s’implique de plus en plus dans la mouvance nationale irlandaise, et commence à soutenir l’IRA. Un jour, dans les toilettes d’un pub à Belfast, il rencontre Tyrone Meehan, combattant mythique du Sinn Fein, qui va le prendre sous son aile et lui montrer la vraie Irlande du Nord. Sauf que cette belle amitié sera marquée par une indicible trahison.
Irlande mon amour :
C’est l’histoire d’un jeune français fasciné, engagé et impliqué émotionnellement dans la cause irlandaise, et dont la déception sera d’autant plus dure à avaler lors que la trahison vient de celui qu’on croyait le plus proche. Pas d’inquiétude, ce n’est pas un spoiler, le titre nous le dit déjà et le roman jongle à travers les années en avant et en arrière pour nous expliquer la complexité de cette trahison, et faire un état des lieux assez documenté sur ce conflit interminable et violent.
Le roman est, en autre, une lettre d’amour à l’Irlande du Nord et à ses gens. Pour l’écrire Chalandon ne fait pas recours à l’Irlande de carte postale, mais plutôt à la réalité crasse et misérable des pauvres gens qui vivent dans la peur permanente du conflit, dans des ghettos barbelés, sous la menace des chars britanniques et de la police. La vie dans les pubs, les amitiés, les loyautés, la pluie, les maisons délabrés, et le courage de tout un peuple contre l’injustice contribuent à cette ambiance très soignée qui élève le roman. L’Irlande est décryptée avec passion et sensibilité, faisant d’Antoine une espèce de fils adoptif, autant de l’Irlande du Nord comme de Tyrone.
Ce personnage unique et charismatique de Tyrone Meehan, restera toujours entouré d’une aura mystérieuse, dominant le roman avec son ambiguïté sous son air d’apparente sincérité et bonhomie. Le roman eut une suite, ‘Retour à Killybegs’, où l’on approfondit sur la même histoire, mais cette fois du point de vue de Tyrone. Les deux romans sont complémentaires et je recommande de les lire dans l’ordre.
Récit beau et authentique, porté par une prose simple mais pleine de sensibilité.
Autant ‘Mon traître’ que ‘Retour à Killybegs’ furent adaptés de façon remarquable en Bande Dessinée par Pierre Alary.
Citation :
« Personne ne naît tout à fait salaud, petit Français. Le salaud, c’est parfois un gars formidable qui renonce. »








0 Comments