(Young Mungo, 2022)
Traduction : Charles Bonnot. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Glasgow, années 90. Mungo est un jeune protestant, fils d’une mère alcoolique. Son frère Hamish est le chef d’un gang qui cherche toujours la confrontation avec les groupes catholiques du quartier. Lorsque, au lieu de le détester, Mungo commence à se lier d’amitié avec James, un jeune catholique qui s’occupe des pigeons dans le toit du bâtiment, son monde bascule. Dans cet univers marqué par le conflit et la virilité, ou les deux religions sont séparés par une barrière infranchissable, les deux garçons commencent à éprouver des sentiments l’un pour l’autre.
Roméo et Juliette LGTQ+ dans les quartiers écossais :
Si vous avez lu ’Shuggie Bain’ (Prix Booker 2020) du même auteur, vous trouverez ici un univers très similaire, probablement une autre face de la même monnaie : l’autobiographie de l’auteur. Dans les deux récits le protagoniste est un gay qui se cherche, fils d’une mère alcoolique, dans l’écosse des années 90. Tandis que ‘Shuggie Bain’ approfondissait dans l’enfer de l’addiction de la mère, ‘Mungo’ se penche plus sur la discorde entre religions menée par des gangs. Aux allures de Romeo et Juliette, le protestant Mungo et le catholique James vivront les balbutiants débuts d’une histoire d’amour qui s’annonce très compliquée, pas seulement par l’homophobie de leur entourage, mais par l’affrontement permanent entre leurs différentes communautés.
Comme dans ‘Shuggie Bain’, le climat hostile et déprimant prend à nouveau le centre de la scène, c’est dur et triste, presque sans espoir. Nos héros habitent un univers de quartier pauvre et laissé par compte, en proie à la violence. Stuart mélange deux timelines : Dans une le couple de jeunes garçons essaie de négocier leur amour parmi le conflit entre les deux communautés, tandis que dans l’autre, Mungo est envoyé par sa mère en weekend dans la forêt isolée, avec deux adultes chargés de remettre le garçon sur les bons rails. Le long du roman, la temporalité de ces deux lignes narratives reste obscur, même si on sent clairement que cela va éventuellement s’expliquer. Sans spoiler, personnellement j’ai trouvé décevant le moment où les deux timelines se retrouvent.
Je dois avouer que je me suis trouvé perdu à multiples reprises. J’ai commencé la lecture en Anglais, ce qui normalement ne me pose des problèmes, mais le style de Stuart est très riche à niveau lexicale, et cela rajoute énormément à la complexité structurale de l’œuvre, déjà conséquente. Au bout de 70 pages, je suis passé à lire la traduction, et même si cela m’a facilité le suivi de l’histoire, cela n’a pas vraiment enlevé un excès de complication stylistique que je trouve incongru avec l’histoire que Stuart raconte. Ces jeunes de quartier ont besoin d’une narration si enchevêtrée ? Le roman aurait bénéficié à mon sens d’une inspiration plus à la John Steinbeck, romancier spécialisé dans les portraits des gens simples, qui sans renoncer à un côté littéraire marqué, laissait la narration à un niveau sobre et épuré. Stuart est très loin de cela.
Malgré ses excellentes critiques, j’ai troué ce roman inutilement sur-écrit, beaucoup plus complexe encore que ‘Shuggie Bain’, qui n’était déjà pas aisé à lire. Stuart est un superbe écrivain mais les artifices narratifs sont beaucoup trop présents à mon avis.
Citations :
« Mungo savait très bien que les gens avaient des démons. Celui du Mo-Maw se montrait à chaque fois que l’envie de boire la faisait frissonner. Son démon était un serpent plat comme une anguille, avec la mâchoire et les yeux perçants d’une fouine et le pelage feutré d’un rat galeux. (…) Le démon était toujours là, juste sous la surface, même dans les beaux jours. »
« Et voilà qu’une autre personne lui disait de quoi lui avait besoin, comment il devait se comporter, qui il devait être. Encore une personne qui ne le trouvait pas bien tel qu’il était. »








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