(1880)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Paris, 1867. Anna Coupeau, dite Nana, est la fille de Gervaise Macquart (L’assommoir). Nana se prépare à faire ses débuts en tant qu’actrice et chanteuse aux Théâtre de variétés. Malgré son évident manque de talent, son charisme, son impudence et notamment son corps à peine caché par sa tenue de déesse, séduit le tout-Paris. Nana devient ainsi une demi-mondaine convoitée de la bourgeoisie, soutirant de l’argent à ses amants riches, se prostituant pour subvenir aux besoins de d’un enfant qu’elle a eu très jeune et qu’elle garde en pension. Mais la rapide ascension de la courtisane risque de l’enfermer dans une cage dorée.
Histoire d’une demi-mondaine dans le Paris de la fin de l’empire :
‘Nana’ est le neuvième volume de la série Les Rougon-Macquart, dédié cette fois à l’univers des courtisanes et du théâtre de variétés. Le roman se veut comme une espèce de suite de ‘L’assommoir’, suivant la trajectoire de Nana, la fille de Gervaise Macquart, héritière de cette fameuse tare qui toucherait notamment toute la branche Macquart de la famille, selon le plan conçu par Zola pour son projet.
Le roman va bien au-delà de l’univers de la prostitution, et notre chère courtisane va côtoyer tout un ensemble très hétéroclite de toutes les classes sociales et toutes les strates de la société. Chez Nana on va trouver autant des aristocrates, comme des banquiers, des impresarios, des artistes, des jeunes désœuvrés et des pauvres sans un sou. Pour fixer les bases de ce mélange sociale qui était prévue dès le départ de la préparation du livre, Zola propose dans le premier tier du livre une très longue séquence de souper chez Nana, dans lequel une quantité incalculable de convives s’installent comme des sardines dans l’appartement de Nana pour un diner après le théâtre. Zola tisse de parallélismes entre les rôles dans le théâtre les vraies relations entre les personnages, mais ne poursuit pas à fond cette ligne qui aurait pu appuyer l’introspection psychologique.
Personnellement, en tant que fan de Zola, j’étais un peu déçu de la première moitié du livre car la narration prend énormément de temps à démarrer. Zola est rarement aussi ennuyeux que dans toutes ces séquences préparatoires de présentation, qui m’ont presque rappelé ‘Son excellence Eugène Rougon’, à mon sens le roman le plus boring de la série. Revenant à ‘Nana’, le nombre de personnages est sans doute la clé du problème. Toute cette foule qui se croise incessamment et qu’il faut décrire et présenter à chaque fois, devient vite usant, notamment la scène du fameux souper chez Nana, souvent encensé par les critiques, et que je trouve particulièrement indigeste et peu efficace. Mon édition présente une photographie du plan de table que Zola a suivi scrupuleusement pour pouvoir représenter la promiscuité de ce rendez-vous ou tout le monde s’encanaille.
Ce n’est pas la première fois qu’un excès de préparation alourdit les pages d’un Zola, mais heureusement le roman reprend son envol dès que Zola réussit à se centrer sur un nombre plus restreint de personnages, et la dévotion obsessionnelle de Muffat, les caprices de Nana et son incroyable capacité pour se saborder, comme faisait aussi bien sa mère Gervaise dans ‘L’assommoir’, prennent le devant de la scène. Avec tout et ses défauts c’est un très bon Zola, notamment pour ce dernier tier, où les enjeux sont plus clairs et le storytelling plus direct et épuré.
Bien que “Nana° soit un Zola plutôt féministe centré sur une femme qui prend en main son destin, ses choix totalement discutables, sa philosophie de vie, et son idée un peu délurée de la liberté peuvent choquer certains lecteurs. Pour une femme qui porte tout le poids du roman sur ses épaules et qui méprise les hommes par sa petitesse morale, elle finit par disparaitre derrière l’homme avec lequel elle est en relation ; qu’il soit un noble aristocrate, un banquier lubrique où un comédien égoïste. Nana est presque systématiquement décrite en lien avec un personnage masculin, et quelque part peine à exister en tant que personnage à part entière. Qui est Nana sans homme ?
Le roman est osé, comme il ne pouvait pas être autrement, s’agissant de Zola et du sujet de la prostitution. Il fit bien sûr un gros scandale, rien de nouveau chez l’écrivain aixois, habitué des critiques infames et des accusations d’auteur pornographe. ‘Nana’ inclut plusieurs séquences à fort contenu érotique, qui dépeignent l’emprise du désir chez l’homme et exhibent sans ambages le côté flamboyant de la chair et l’ivresse sexuelle. Des séquences à contenu un peu sadomasochiste sont absolument incroyables pour un roman écrit rien de moins que en 1880. Curieusement certaines scènes de lesbianisme, malgré être claires et assumées, sont évoqués de façon plus tendre et pudique, comme si l’absence du male enlevait le côté urgent et bestiale de l’accouplement.
Très bon, mais préférez sans doute son prédécesseur ‘L’assommoir’ ou encore quelques-uns des chefs-d’œuvre de la série comme ‘La bête humaine’, ‘Germinal’, ‘La terre’ ou ‘La joie de vivre’.
Citation :
« C’est drôle, les hommes riches s’imaginent qu’ils peuvent tout avoir pour leur argent… Eh bien, et si je ne veux pas ? … Je m’en fiche de tes cadeaux. Tu me donnerais Paris, ce serait non, toujours non… (…) Ah ! l’argent mon pauvre chien, je l’ai quelque part ! Vois-tu, je danse dessus, l’argent ! je crache dessus ! »








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