(North and South, 1855)
Traduction : Françoise du Sorbier. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Margaret Hale rentre de Londres dans son village au sud de l’Angleterre, où son père est le pasteur du presbytère. Très vite, son père renonce à l’église et la famille doit émigrer. On retrouve Margaret Hale et sa famille installées dans le nord industriel de l’Angleterre. Margaret, d’abord hautaine et froide, développera une conscience sociale qui la fera établir des liens avec les ouvriers et leurs familles. Les conflits avec John Thornton, le patron de l’usine textile, vont éclater lorsque le climat social se dégrade.
Germinal féministe dans l’Angleterre victorienne :
Deux Angleterres s’affrontent dans ce roman. L’Angleterre rural, bucolique et calme du sud avec l’Angleterre sale et pauvre, mais industriel et dynamique, du Nord. Margaret arrive dans le nord avec ses avis arrêtés et bourgeois sur tout. Notre snob protagoniste méprise l’entrepreneur John Thornton, car au début elle voit le travail comme dégradant, mais l’hautaine Margaret va vite découvrir la réalité sociale du nord et s’attacher à cette communauté vouée sur le travail, dans laquelle elle va se réveiller à des nouvelles valeurs.
Entre le patron des filatures John Thornton et Margaret Hale l’attraction mutuelle est flagrante, mais tous les deux sont orgueilleux et fiers. Entre eux il y a un conflit de classes qui, mélangé à la situation dans l’usine, fera des étincelles. Le schème de « Orgueil et préjugés » encore une fois, avec plus de malentendus qui vont compliquer leur relation, et surtout avec le conflit social qui va éclater. L’anticipation, la grève et ses conséquences teignent ce roman romantique d’un ton résolument social.
Gaskell, amie proche de Charlotte Brontë (elle écrivit même sa biographie), et protégée de Charles Dickens (elle publia ses romans dans la revue de Dickens « Household Words »), était ici à son deuxième roman social après ‘Mary Barton’, plus axé sur les ouvriers. Ici, la lutte ouvrière est plus nuancée : Les conditions déplorables des travailleurs et leur univers dur et brutale sont décrites avec réalisme et conscience social, mais Gaskell s’attache à nous décrire aussi le point de vue du patronat, dans la figure de John Thornton, ce qui permet une réflexion poussée sur des sujets complexes comme la répartition de la richesse et la justice sociale. John et Margaret, auront des arcs narratifs complexes avec apprentissage et transformation.
Le personnage de Margaret, une femme élancée, indépendante, avec des idéaux propres, une conscience sociale très marquée, et un courage hors norme, est une nouveauté dans la littérature Anglaise de l’époque. C’est un roman féministe assez moderne. Margaret est un personnage positif mais avec des failles et nuances, que son intelligence lui permet d’accepter, mais son orgueil lui oblige de cacher.
Un magnifique mélodrame sur fresque des conflit sociales de l’Angleterre victorienne.
Citation :
« Jamais je n’ai vu fille aussi orgueilleuse et désagréable. À tel point que ses manières méprisantes font oublier à quel point elle est belle. »








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