(2019)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Sacha, quarantenaire, quitte Paris pour chercher le calme dans la petite ville de V. Là, il retrouvera un vieil ami perdu de vue depuis vingt ans, l’autostoppeur, avec lequel il avait sillonné le monde entier en autostop. Marié à Marie et avec un enfant de 9 ans, l’autostoppeur continue à partir régulièrement en vadrouille par les routes, tandis que Sacha ressent de plus en plus le besoin de mener une vie plus rangée.
Dilemme entre deux façons d’affronter la vie :
Avec une très belle écriture parsemée de superbes phrases dans un style à la fois recherché et très épuré, Prudhomme nous présente un personnage insaisissable, l’autostoppeur, toujours parti en vadrouille, authentique énigme qui incarne la soif de liberté et la difficulté à assumer la responsabilité d’une vie de famille routinière. D’un autre coté Sacha, qui jadis avait partagé l’esprit vadrouilleur de l’autostoppeur semble vouloir abandonner cette permanente quête de rencontres, imprévu et aventure, et se ranger dans le calme d’une vie posée.
Le lecteur s’identifiera peut-être plus facilement avec Sacha, le narrateur, un personnage plus facilement décodable et compréhensible. L’autostoppeur restera un personnage fascinant, plein de mystère, on ne sera jamais sûr si le personnage a une vraie soif d’aventure et voyages ou plutôt il veut simplement fuir un quotidien qu’il aime, mais qui le tient prisonnier. Probablement beaucoup des lecteurs voudront lui donner quelques claques pour qu’il réagisse et il se rende compte d’à quel point son fils souffre de ses absences. Parfois on a envie d’engueuler Marie et Sacha aussi, car ils semblent comprendre trop ses disparitions, sont trop patients avec lui, et de ce fait sont quelque part complices de cette attitude qu’on peut vite ranger comme purement égoïste. Mais les choses sont plus complexes que cela.
Sacha et l’autostoppeur incarnent deux options de vie irréconciliables, deux chemins très différents qui présentent un dilemme. Sur quel style de vie s’engager ? Dès là à voir les deux personnages comme un seul il n’y a qu’un pas. Pas sûr que cela était l’intention de l’écrivain, mais très vite j’ai commencé à les voir comme deux faces de la même monnaie, le dilemme de Sacha est le même que celui de l’autostoppeur, mais à l’envers. Du même, si on voit les deux personnages comme un seul, les hésitations de Marie prennent du sens. Amoureuse du côté aventurier de l’autostoppeur, mais rassurée par le côté protecteur de Sacha, Marie a son propre dilemme à résoudre. Dans cette configuration, la reparution tardive de Sacha dans la vie de l’autostoppeur serait tout simplement le besoin de se ranger dans une vie plus calme qui apparaît à la vie adulte.
Le livre se lit très facilement, car à chaque fois qu’on pense que cela va tourner en rond et ne peut plus se développer, Prudhomme présente une nouvelle variante, un petit rebondissement qui relance le récit dans une nouvelle direction.
Belle réussite.
Citation :
« La moitié de notre terme est passée. La moitié de notre existence est là, en arrière, déroulée, racontant qui nous sommes, qui nous avons été jusqu’à présent, ce que nous avons été capables de risquer ou non, ce qui nous a peinés, ce qui nous réjouis. Nous pouvons encore nous jurer que la mue n’est pas achevée, que demain nous serons un autre, que celui ou celle que nous sommes reste vraiment à venir. C’est de plus en plus difficile à croire, et même si cela advenait, l’espérance de vie de ce nouvel être va s’amenuisant chaque jour, cependant que croît l’âge de l’ancien, celui que nous aurons de toute façon été pendant des années, quoi qu’il arrive maintenant. »








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