(Nubosidad variable, 1992)
Traduction : Claude Bleton. . Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Amies depuis l’enfance, Sofía Montalvo et Mariana León, se perdent de vue suite à un malentendu avec un garçon par lequel les deux avaient de l’intérêt. Trente années après, les deux femmes, maintenant cinquantenaires, se retrouvent lors d’un vernissage et découvrent qu’ils ont beaucoup de choses à se dire, se trouvant toutes les deux dans une impasse de leurs vies. Elles se proposent dans un premier temps, de renouer la communication par écrit : Marianne, psychiatre en vue, se livre dans une série de lettres adressées à Sofía, tandis que cette dernière se remettra à l’écriture en rédigeant des passages de sa vie sous forme de récits plus ou moins littéraires.
Deux femmes au bord de l’attaque de nerfs :
Avec une prose relativement simple mais à la fois très littéraire, Martín Gaite prête deux voix très différentes pour deux femmes très différentes qui se trouvent cependant dans un moment similaire et charnier de leurs vies. Face aux doutes et au besoin de changer radicalement, les deux femmes souhaitent désespéramment se livrer l’une à l’autre, mais entre elles il y a la barrière de la distance et aussi, le poids de trente années de non communication.
On peut qualifier ce roman d’épistolaire, même si les écrits de Sofia sont plutôt des mini-récits littéraires. Sans beaucoup d’action, la narration se concentre sur l’introspection psychologique, décryptant fondamentalement les états d’âme de nos deux protagonistes face à leur crise existentielle. Tandis que Sofia est une femme au foyer frustrée dans un mariage de convenance sans amour, Mariana cherche à fuir sa propre vie, incapable de supporter sa façon d’affronter ses relations avec les hommes et fatiguée de mélanger son travail de psychiatre avec sa vie privé.
La structure qui propose de Martín Gaite pour exprimer cela est de diviser le roman en deux lignes narratives, chacune consacrée à une des deux femmes protagonistes, leurs récits s’alternant à chaque chapitre. Faute d’arriver à communiquer de visu, chacune se livre à une confession intime destinée à l’autre, la seule personne qui pourrait réellement la comprendre. J’avoue avoir été subjugué dans la toute première partie du récit par cette espèce de sororité alterné dans la distance. Au début les récits s’entremêlaient de façon assez habile, faisant le lien à leurs premières retrouvailles lors du vernissage, s’enchevêtrant de façon assez intéressante.
Mais petit à petit chaque ligne narrative dérive et commence à suivre son cours indépendamment, sans interagir forcement avec l’autre. L’idée des deux femmes qui rêvent de se parler mais dont les récits ne sont pas du tout synchros, devrait appuyer le thème de la non communication, mais à mon sens cela ne marche pas vraiment. Car cela provoque beaucoup trop de digressions pas nécessairement utiles qui alourdissent la narration, par moments c’est presque du remplissage, spécialement dans la narration de Mariana. Le roman manque cruellement d’editing. J’ai passé une bonne partie du roman attendant que les deux narrations se reflètent l’une dans l’autre en quelque sorte, et que cette amitié épistolaire prenne la place centrale du récit. Mais non. Aussi encensé par la critique qu’il soit, ce parti pris de la double narration me semble seulement réussi en partie.
Ce roman aussi féminin que féministe traite multiples sujets : l’amitié, la reconstruction de la mémoire, la nostalgie, la frustration, ainsi comme l’art de l’écriture en lui-même. Mais les thèmes centraux de ce double récit seraient sans doute la solitude et la non communication. Traitée avec beaucoup de finesse et de perspicacité, cette diversité thématique fait de ce roman une œuvre plus complexe qu’il n’en a l’air à première vue, et donc pas forcément très aisé à lire.
Il y a sans doute quelques longueurs, certaines digressions inutiles et peut-être un excès de citation érudites des livres, des films ou de peintures. Malgré tout, ‘Passages nuageux’ reste de la grande littérature.
Citation :
« (…) sa silhouette s’interposa entre mes yeux et la lumière de la fenêtre. Il me sembla un étranger et, en croisant nos regards, le mien devait dévoiler cette impression, parce que je remarquai qu’il restait intimidé, comme à chaque fois qu’il ne trouve pas le reflet inconditionnel nécessaire pour endosser sa nouvelle image. » (Traduction improvisée)








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