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Pierre d’éboulis (Celle qui se taisait)

Maria Barbal

(Pedra de tartera, 1985)
Traduction : Anne Charlon. Langue d’origine : Catalan
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Pyrénées catalans, début XXe siècle. Conxa, est née dans une famille très nombreuse dans la campagne catalane. La vie dans cette contrée isolée est rude et difficile, et pour faire face aux problèmes financiers de la famille, la jeune fille doit être placée chez sa tante qui n’a pas d’enfants. Malgré quelques réticences, petit à petit la timide Conxa trouve ses marques et commence à s’épanouir dans cet univers paysan très simple, où la vie se déroule aux grès des saisons. Elle tombe amoureuse d’un jeune homme et commence à réfléchir à fonder une famille, mais l’ombre de la guerre civil se dessine à l’horizon et assombrir le panorama.

Portrait et vie d’une femme paysanne :

‘Pierre d’éboulis’ est le premier roman de Barbal et le seul traduit au français pour l’instant. Attention, il a été récemment réédité en français sous le titre ‘Celle qui se taisait’, mais il s’agit bien du même roman. C’est bien dommage cette lacune d’autres traductions, car l’autrice a une voix unique, et un talent remarquable pour le phrasée et le récit poétique, sans pour autant tomber dans des dérives descriptives encombrantes. C’est recherché mais épuré et directe.

Barbal nous offre un portrait de la condition féminine dans le milieu rural, qui se lit avec beaucoup de facilité, en toute beauté. Narré à la première personne, le roman retrace la vie d’une femme simple et réservée, dans une petite ville de montagne pendant la première partie du XXe siècle. Immiscés dans l’histoire, on trouve les évènements historiques marquants du siècle en Espagne, comme les années de la République, le soulèvement national de 1936, la guerre civile et la subséquente dictature de Francisco Franco.

‘Pierre d’éboulis’ se centre dans un personnage féminin relativement effacée. Conxa est une femme discrète qui parle peu, elle incarne des milliers des femmes de l’époque. Comme la métaphore du titre indique, elle est une de plus des pierres qui restent solides, inébranlables, pendant des siècles jusqu’à qu’un éblouissement l’oblige à se déplacer et elle s’installe à un autre endroit, stable. Certains lecteurs auraient préféré une héroïne plus élancée, mais le choix de Barbal est toujours celui d’en faire un portrait réaliste de la campagnarde du début du XXe siècle, et d’apporter une vision presque documentaire de la vie paysanne, dans laquelle l’écrivaine a grandi.

Il n’y a pas une intrigue particulière, même s’il se passent plein des choses dans le roman, puisqu’il couvre plus de soixantaine d’années de la vie de Conxa. Forcement il y a des mariages, des naissances, et des décès, mais le seul rebondissement proprement dit arrive vers le milieu du livre, mais je ne spoilerai pas. Le roman se déroule dans le comarque du Pallars, proche des Pyrénées et très loin de la capitale catalane Barcelone, les évènements qui vont déboucher dans la guerre civile et la dictature sont vus depuis la distance, comme si cela ne concernait pas le monde paysan. Sauf que la sombre réalité risque d’arriver aussi dans cette contrée reculée.

Magnifique premier roman qui est devenu à juste titre un petit classique moderne de la littérature catalane. Depuis sa publication en 1985, le roman n’a fait qu’accroitre son prestige et sa notoriété en Catalogne, bénéficiant de multiples éditions. Depuis le succès de sa traduction allemande dans la foire de Stuttgart de 2007, il a aussi connu le succès international. Suite au 30ème anniversaire de l’œuvre, une nouvelle édition revue par l’autrice a été traduite par Marie Vila Casas, publiée en 2023 sous le titre ‘Celle qui se taisait’.

‘Pierre d’éboulis’ (1985) ouvre le ‘cicle du Pallars’, série de romans qui continue avec ‘Mel i metzines’ (1990) et ‘Càmfora’ (1992). Il documente la dureté des conditions de vie dans cette comarque pyrénéenne, en se centrant sur la condition féminine, le dépeuplement de la campagne montagnarde et l’exode vers les villes.


Citation :

« Une jeune femme entrerait dans telle maison qu’elle ne connaissait aucune pièce et en deviendrait la maitresse. Je lui laisserai les clés de toutes les portes pour que ces murs qui avaient entendu tant de gens recommencèrent à trembler de joie. Chansons, pleurs d’enfants, bruit des assiettes : Tout un élan de vie qui apporterait de la couleur aux ombres. » (Traduction improvisée)

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