(Quo vadis ?, 1896)
Traduction : Maria Cieszweska. . Langue d’origine : Polonais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Vinicius, le héros guerrier des armées romaines, est amoureux de la jeune Lygie, la fille du roi de Lygie, captive de l’empire roman et adoptée chez Aulus Plautius et Pomponia Graecina. Habitué à que les femmes tombent à ses pieds, Vinicius ne comprend pas trop comment il doit procéder avec la belle Lygie, pour laquelle l’amour est quelque chose de pur et sacré, inspiré par la foi. Suivant une idée de son oncle Pétrone, conseiller personnel de l’empereur romain Néron, Vinicius se propose d’enlever Lygie lors qu’elle sera invitée à un banquet en ville. Petit à petit, Vinicius se rend compte que la fascination qui la jeune exerce sur lui vient de la dignité que lui apporte la nouvelle religion, le christianisme.
Histoire d’amour pendant la naissance du christianisme :
Tout d’abord, avant de vous vanter les vertus de ce roman absolument magnifique, je devrais dire que je ne suis pas ce qu’on dirait un croyant. Mais l’athéisme ne devrait empêcher personne de se laisser émerveiller par la qualité et la force narratives insufflées par Sienkiewicz à cette histoire d’amour intemporel à l’aube du Christianisme.
Oui, sans doute le roman a un point de vue très chrétien, et on peut facilement dire que tous les personnages qui ont la foi sont gentils, et même ceux qui ne le sont pas finissent pour trouver la bonté et l’amour du prochain lors qu’ils embrasent le Christ. De ce point de vue, soyez prévenus, le roman prend et assume totalement le côté de la foi chrétienne : Le Christ c’est bien, Rome c’est mal.
Si, comme moi, vous aviez était marqués dans votre enfance ou votre jeunesse par le film ‘Quo Vadis ?’ (1951) de Mervyn LeRoy, tiré du roman, sachez que le film est beaucoup plus poussif et simpliste, manquant énormément des nuances dont regorge ce prodigieux roman historique. Malgré tout, ce péplum hollywoodien interprété par Robert Taylor et Deborah Kerr, reste quand même intéressant, notamment par la performance déchainée de Peter Ustinov dans le rôle de Néron, récompensée par un Oscar du meilleur acteur dans un second rôle.
Revenant au roman, si ce panégyrique des vertus du Christianisme des débuts ne vous dérange pas, vous trouverez alors un récit merveilleux et inclassable, rempli de personnages forts et marquants, à commencer par le couple protagoniste, Vinicius et Lygie, mais notamment par son ensemble de personnages secondaires absolument remarquable : Les disciples du Christ, Paul et Pierre, jouent des rôle importantes, ainsi que l’empereur Néron ou le colosse Ursus, mais ce seront les personnages dotés de plus d’ambivalence morale ceux qui vont devenir les plus intéressants pour le lecteur moderne. Notamment Pétrone (qui serait probablement l’auteur du ‘Satyricon’), arbitre du bon goût et conseiller personnel de Néron, et aussi Chilon, un grec misérable, corrompu et calculateur qui aide Vinicius tout en pensant seulement à son propre bénéfice.
Le roman est rempli d’action, de passion, des rebondissements, de tension et de drame, c’est étonnamment très facile à lire pour un classique polonais. Certains épisodes du livre sont ultra prenants, comme les descriptions de l’incendie de Rome qui fit passer à la postérité Néron. Même si des études historiques plus récents mettent en doute cette image tyrannique et enfantine de Néron, tel qu’on l’imaginait à l’époque de Sienkiewicz, Néron restera quand même le gros méchant du roman. Il est dépeint comme un enfant adulte pathétique et égocentré, qui cherche en permanence la validation de son maigre talent artistique, et dont les turpitudes ne cachent pas une cruauté et un manque d’empathie notoires et sanguinaires. Les séquences les plus puissantes et perturbatrices du récit seront sans doute les spectacles dantesques des tortures aux chrétiens que Néron offre à un public sadique, avide de sang et truculence. Des fauves affamés, des corps déchiquetés, des brulés vifs, des supplices en tout genre… c’est très violent et réaliste. Âmes sensibles devront peut-être s’abstenir.
Le Prix Nobel polonais limite la présence de son pays natale à deux personnages (Lygie et son fidèle serviteur Ursus), originaires de la Lygie, maintenant dans le territoire de la Pologne. Le récit se centre principalement dans la Rome de la deuxième partie du premier siècle de notre civilisation, sous l’empereur Néron. ‘Quo Vadis ?’ retrace la vie de toutes les strates sociales de la population romaine de l’époque. La qualité purement historique et le beau travail de documentation de l’œuvre ne font pas de doute, et favorisent une immersion fascinante dans cette période de l’histoire antique. En prenant le point de vue plus humaine et intime des personnages, la narration raconte l’histoire en grand. La décadence du style de vie roman, avec ses élites de plus en plus éloignés du peuple, facilita la percée d’une religion qui prônait quelque chose de totalement invraisemblable et révolutionnaire : l’amour du prochain.
Grand roman pour les croyants ou tout simplement pour les amateurs de classiques fabuleux.
Citations :
« Mais nous saurons mourir, et, en attendant, nous ne voulons pas alourdir notre existence, servir la mort avant qu’elle vienne nous prendre. La vie vaut par elle-même et non en prévision de la mort. »
« J’ai vécu comme j’ai voulu, je mourrai comme il me plaira. »
« Le peuple exultait, se grisait de mort, respirait la mort, rassasiait ses yeux de sa vue, reniflait voluptueusement ses effluves. »








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