(2014)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
De retour d’une matinée de surf, Simon Limbres, 19 ans, souffre un accident dans la route qui le menait de retour au Havre, avec ses deux amis Chris et Johan. Simon n’avait pas mis la ceinture de sécurité et il est projeté violemment contre le pare-brise du van. Plongée dans un coma irréversible à l’arrivée à l’hôpital, le cerveau de Simon s’arrête de fonctionner, même si son corps est maintenu en vie artificiellement. Les médecins proposent aux parents de Simon de donner ses organes vitaux pour des transplantations, le cœur de Simon pourrait sauver la vie de quelqu’un qui attend la greffe, mais le temps presse. Le compte à rebours commence.
Histoire d’un cœur :
Véritable protagoniste de l’histoire, le cœur de Simon occupe la place centrale du récit. La narration accompagne brièvement chaque personne qui participe d’une façon ou d’un autre dans le chemin du transplantement. On commencera par Simon lui-même, jeune homme plein d’énergie qui croque la vie à pleine dent, qui se lève à 5h50 du matin pour une matinée de surf, sa grande passion. Puis le récit s’attardera sur ses parents qui, déboussolés par l’inimaginable nouvelle, doivent décider sur le prélèvement d’organes, avant de même penser à faire le deuil de leur enfant. Les médecins et les spécialistes de la transplantation devront travailler avec respect et en toute discrétion, mais un compte à rebours implacable marque l’urgence de la situation, car la fenêtre de temps est très restreinte pour qu’une greffe soit réussie.
Lors d’une unique journée, notre cœur voyagera ainsi en avion, jusqu’à sa destinée finale, une femme cinquantenaire, en liste d’attente depuis trois ans pour une greffe cardiaque. Par des bribes de récit, on sera témoin éphémère du quotidien et des vies privées de toutes les personnes impliquées dans l’acheminement du cœur de Simon. Extraordinairement bien documenté, le travail de recherche de Maylis de Kerangal a pris plus d’un an, pendant lequel elle a travaillé avec des spécialistes de la greffe cardiaque, et assisté à des transplantations dans l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. Cette volonté réaliste accompagne la narration tout en lui donnant envergure et solidité.
Même si le livre ne donne toutes les réponses, il y a peu de doutes : Bien évidement, ‘Réparer les vivants’ est un plaidoyer pour le don des organes, qui réfléchit en profondeur sur le rôle et les droits du donneur, tout en posant des questions de base : Qu’est-ce que l’intéressé aurait souhaité s’il avait été en capacité de se manifester ? Les parents, les proches doivent s’effacer face à ce qui aurait été la volonté ultime de la personne décédée, ou ils ont leur mot à dire ?
Avec son style recherché et ses phrases longues et poétiques, Maylis de Kerangal n’était pas forcement l’écrivaine qu’on s’attendait pour un récit minutieux et directe comme celui-ci. Et pourtant, son travail est juste remarquable de justesse. L’écrivaine sait s’effacer pour laisser parler les faits. Très discrète par rapport aux émotions qui suscite la narration, De Kerangal évite habilement toutes les pièges de la sensiblerie et les ficelles de la larme facile.
C’est un récit merveilleusement bien écrit à niveau style et phrasée, très sobre en tant qu’approche scientifique des faits, et tout en finesse et retenue lorsqu’on rentre dans le terrain des émotions. Belle réussite.
Citation :
« Surtout, elle ne pourra jamais dire merci, c’est là toute l’histoire. C’est techniquement impossible ; merci, ce mot radieux chuterait dans le vide. Elle ne pourra jamais manifester une quelconque forme de reconnaissance envers le donneur et sa famille (…) »








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