(A passage to India, 1924)
Traduction : Charles Mauron. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Inde, 1920, sur la domination britannique, en plein conflit indépendantiste. Mme Moore et sa future belle fille, Adela Quested font du tourisme dans le pays en attendant les fiançailles d’Adela avec Ronny Heaslop, le fils de Mme Moore. Le Dr Aziz, un indien qui sympathise avec les anglais, propose de faire une sortie vers les grottes de Marabar. Lors de cette sortie, Adela se trouve seule dans une caverne, panique, et s’enfuit. Suite à cette situation le Dr Aziz sera accusé de viol. Le procès et ses conséquences, rajouteront encore plus de tensions sociales au climat conflictuel des années qui ont précédé l’Indépendance de l’Inde.
Choc de cultures :
Ce livre, un des grands succès de E. M. Forster et sans doute son chef d’œuvre, est parfois critiqué par une vision plutôt pro-colonialiste, quand justement il ne montre pas les anglais sous la meilleure optique. En fait, le roman a une vision assez étendue et multiple du conflit, avec un bon sens de la réflexion, et qui souligne autant l’arrogance anglaise comme l’incompréhension mutuelle. Cela nous mène à un des thèmes principaux de Forster : Le choc de cultures.
Chaque personnage incarne une vision du conflit :
Adela, est honnête et intelligente, mais peu expérimentée et un peu coincée. Elle souhaite connaître la ‘vraie’ Inde, mais son approche intellectuelle du pays compliquera tout. Incapable d’ouvrir son cœur aux Indiens, elle offrira un visage plutôt fermé. L’incompréhension va s’accroître dès que le conflit arrive, car elle aura un dilemme de loyautés envers les autorités de la colonie et envers elle-même.
Dr Aziz, un veuf médecin indien, dont le côté émotif ne manquera pas de créer des malentendus avec les froids colons britanniques. Incapable de comprendre pourquoi les liens avec les anglais sont si compliqués, quand tout pourrait être simple, il va essayer de tisser de liens avec eux, mais l’incommunication et les malentendus vont accélérer le drame, et Aziz va se trouver injustement malmené par la justice britannique.
Cyril Fielding, ami et collègue d’Aziz, est plutôt bienveillant avec l’Inde, même s’il n’arrive pas à la comprendre. Son analyse du pays est surtout basée sur la logique, ce qui ne manquera pas de créer des fréquentes mésententes.
Mme Moore représente une Angleterre bienveillante par rapport aux indiens, très respectueuse de sa culture, qu’elle admire, notamment pour son coté spirituel. C’est le seul personnage occidental à avoir une vraie compréhension du pays car elle l’approche d’une façon émotionnelle.
Ces Personnages/éléments vont prendre position pour développer la coté émotionnel du conflit entre l’Inde et l’empire britannique. Le roman marque, surtout au début, plusieurs essais de rapprochement entre les deux cultures, mais la bienséance paternaliste du côté britannique va se transformer en mépris face à l’insouciance et l’improvisation indiennes. Lors du conflit qui mènera Aziz au tribunal, les deux parties sembleront irréconciliables.
Fabuleuse écriture à lire en anglais si possible, les traductions de Charles Mauron pour les œuvres de Forster ont des avis mitigés. Dans tous les cas, il restera toujours cette élégance, ce soin exquis par le détail, et ces belles réflexions sur le choc de cultures, qui ont fait la renommée de Forster.
Les productions cinématographiques Merchant-Ivory dans les années 80, tirés des romans d’E. M. Forster (‘Chambre avec vue’, ‘Maurice’ et ‘Retour à Howards End’), contribuèrent à remettre dans la lumière cet écrivain un peu oublié, qui mérite largement sa place au panthéon de meilleurs écrivains anglais du XXe siècle. ‘La route des Indes’, dernier film du directeur David Lean, sorti en 1984, est une très belle et fidèle adaptation, avec la fabuleuse musique de Maurice Jarre et les comédiens Judy Davis, Victor Banerjee, Peggy Ashcroft, James Fox et Alec Guinness, ce dernier avec la peau peinte pour incarner un Indien. Oui on était loin du wokisme en 1984, mais c’est un film magnifique tout de même, et qui fait honneur au roman.
Citation :
« L’Inde connaît leurs ennuis, elle connaît les malaises du monde entier dans ses profondeurs les plus intimes. Elle dit : “Viens”, par ses cent bouches, par des objets ridicules et sacrés. Mais viens à quoi ? Elle ne l’a jamais dit. Elle n’est pas une promesse, mais seulement un appel. »








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