(Lord of the flies, 1954)
Traduction : Lola Tranec-Dubled. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Pendant la deuxième guerre mondiale, un avion s’écrase sur une île déserte du pacifique. Le pilote et tous les adultes meurent dans l’accident. Les 15 jeunes collégiens issus de la bourgeoisie anglaise qui ont survécu se trouveront livrés à eux-mêmes, dans cette île paradisiaque mais remplie de menaces inconnues. Les enfants se tournent vite vers le plus intelligent parmi eux, Ralph, qui organise une sorte de société démocratique, selon le schéma occidental dans lequel ils ont tous été élevés. Mais les dangers qui cache cette île inconnue planent sur les enfants et très vite un nouveau leader plus guerrier, Jack, émerge du groupe, provoquant leur division en deux clans opposés. Les fissures dans leur petite société grandissent, menaçant de faire voler en éclats tous les verrous qui les empêchent de sombrer dans la sauvagerie et la violence.
L’homme est foncièrement mauvais :
Oui, l’homme est foncièrement mauvais et Rousseau était naïf, tel est le parti pris pragmatique de Golding. Comme Descartes, il considère que l’homme né mauvais, car la racine de sa méchanceté est ancrée en son intérieur et seulement la retenue imposée par la société, empêche la bestialité et la barbarie de dominer le monde. Indépendamment de si on adhère à cette idée (c’est probablement mon cas) le livre épuise très vite la philosophie qui véhicule, et faute d’une réflexion plus nuancée, la narration de cette lente descente aux enfers de la microsociété crée sur l’île sera truffé de redondances.
Avec le nouveau leadership de Jack, certains acquis sociaux reviennent en arrière et la démocratie vacille. Des décisions unilatérales, une sorte de religion embryonnaire fondé sur des sacrifices tribaux, le concept de l’armée, sont les premiers changements timides, la dictature et le fascisme ne sont pas loin. Leur univers laisse petit à petit la place à un monde cru et sauvage aux dimensions tragiques. Utilisée par ce groupe dissident pour démolir la démocratie, la peur d’un monstre qui se cacherait en forêt est bien sur une métaphore de la bête qui sommeille à l’intérieur de l’être humain.
La création des personnages est bien marquée, chacun d’eux incarnant un positionnement social. Ralph est le leader calme qui représente la raison, la modération et la démocratie. Mais son côté trop politique le mène souvent vers l’inaction. À ses côtés le faible et obèse mais intellectuel Piggy représente la sagesse et la connaissance. Le clan opposé sera mené par le viril Jack, qui représente la guerre, la violence et la dictature. Son deuxième sera Roger, incarnation vive des bas instincts, de la cruauté de l’homme, et du chaos. C’est flagrant, l’auteur continue le ton monolithique du roman en divisant les êtres humains en bons et méchants avec peu de nuances.
Golding gagna le prix Nobel en 1983, et je n’ai aucun doute de son talent. ‘Sa majesté des mouches’ est dans doute très bien écrit, mais il est un peu victime de son enfermement dans la thèse qui veut prouver, créant un livre trop unidimensionnel et répétitif, sans doute plus intéressant d’un point de vue sociologique que littéraire.
Citation :
« Je sais aussi qu’il n’y a pas de peur à avoir. Piggy s’interrompit. – À moins que… Ralph s’agita, inquiet. – À moins que quoi ? – À moins qu’on ait peur des gens. »








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