(Titre original manquant, 1998)
Traduction : Chloé Billon. Langue d’origine : ¨Bosnien
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce recueil de récits et poésies :
Le poète Semezdin Mehmedinović décide de rester à Sarajevo le temps de la guerre civile qui provoqua l’éclatement de la Yougoslavie au début des années 90s. À travers de courts récits, des anecdotes du quotidien sous les snipers et les obus, ou des poèmes décharnés, l’écrivain bosniaque témoigne sans pathos autant de l’horreur que de l’absurde du conflit.
En première ligne dans la guerre des Balkans :
La guerre civile qui déboucha sur de l’éclatement de la Yougoslavie se déroula entre 1992 et 1995. La mort du maréchal Tito fera sauter les verrous d’un conflit qui était en état de latence depuis la chute de l’empire ottoman. Sous les décombres de l’ancienne Yougoslavie, la haine de l’autre se répand comme la poudre. Serbes, Croates, Bosniaques, musulmans ou chrétiens orthodoxes, la société se fissure et personne ne sera épargnée.
C’est un témoignage de grande valeur ce qui propose Semezdin Mehmedinovic dans cette collection de récits et poèmes, écrits à Sarajevo PENDANT la guerre des Balkans. Cette authenticité et proximité avec l’horreur est ce qui donne au livre toute son âme. Même si littérairement les récits sont trop courts et sans vrai développement narratif, l’ensemble devient quand même une lecture émouvante et intéressante.
Le quotidien dans une ville en pleine guerre est sans doute le thème principal du livre, avec beaucoup de scènes simples et banales qui se déroulent à côté d’un obus qui explose, d’une mort inattendue, d’un homme qui utilise son journal pour se protéger des snipers ou des lamentations d’un enfant devant l’absence des parents disparus. Sans pathos, sans réactions démesures, l’horrible devient anodin.
Mehmedinovic réfléchit aussi sur d’autres sujets comme la transformation de personnes absolument normales de son entourage en complets abrutis. Comme exemple de ces retournements de vestes, dans un des premiers chapitres, le poète bosniaque décrit le jeune aspirant à poète Radovan Karadžić qu’il connut dans sa jeunesse, bien avant qu’il devienne le premier président de la république serbe de Bosnie, et puis le fameux boucher des Balkans, accusé de nettoyage ethnique et crimes contre l’humanité, notamment pour le massacre de Srebrenica.
Inégal, décousu, pas assez développé, et manquant cruellement de femmes et de perspective féminine, mais malgré tout captivant.
Citation :
« Quand il neigera sur Sarajevo, quand le pin se fissurera sous l’effet du gel, les os dans la terre auront plus chaud que nous. On mourra de froidure ; l’hiver sans feu arrive ; l’été sans soleil est passé. »
« Les images des morts et des blessés se sont transformées en publicité de la guerre. Peu importe que ces gens aient un nom ; ils ne sont qu’une pure image : la télévision les a traduits dans sa langue froide. La caméra vide l’image de son contenu psychologique pour en faire de l’information. (…) Le monde, donc, voit ce qui se passe ici. Est-ce que quiconque dans le vaste monde compatit avec nous ? Personne. »
« Il est extrêmement difficile de vivre dans l’attente constante de jours meilleurs, quand tu ne cesses de constater que le mois qui vient est encore plus pénible que le précédent. Que faisons-nous ? Nous attendons que les choses s’arrangent en Bosnie. »








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