(Of human bondage, 1915)
Traduction : Marie-Christine Blanchet. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Le jeune Philip Carey perd ses parents à 9 ans et il sera confié à son oncle, un pasteur anglican qui lui témoigne peu d’affection, mais dont l’énorme bibliothèque fera les délices de notre protagoniste. Martyrisé par ses pairs collégiens par son pied bot, il réussit quand même avec aisance ses études, et un bel avenir ecclésiastique lui est prédit. Mais Philip a soif de s’éveiller à la vie, et va préférer faire des études de langues à Heidelberg, en Allemagne.
Commence un périple initiatique qui va le mener d’Allemagne à Paris et puis de retour en Angleterre. On suivra Philip lors de ses difficiles relations avec les filles. Nettement Mildred, femme vulgaire qui lui offrira un amour toxique. Et aussi, on assistera à son erratique parcours professionnel, incluant une étape comme peintre raté.
Amour toxique :
Ce roman initiatique a des forts composants autobiographiques : Comme Philip, Maugham avait perdu sa mère en couches lors qu’il était enfant, et avait un complexe avec son bégaiement, comme Philip avec son pied bot. Probablement ce jeune amateur d’art, brillant et timide, est Maugham lui-même.
Récit relativement triste mais avec quelques notes d’espoir, qui traite principalement de la déception des rêves de jeunesse, de la différence entre le réel et l’idéel. L’adolescent Philip, fort de ses certitudes et grands idéaux, va croquer la vie à plein dents sans trop réfléchir à la possibilité de se planter. Petit à petit, la réalité de la vie va lui rattraper et il le fera déchanter. Un premier amour à Paris, Fanny, sera cause d’une grande une grande amertume. Incapable de l’aimer, Philip va vivre cet épisode comme un échec, d’autant que son futur professionnel commence aussi à s’assombrir. Rien n’est aussi lumineux qu’on lui avait prédit.
Mais les choses vont se corser vraiment lors qu’il rencontrera Mildred, une femme égoïste et vulgaire dont il tombera amoureux. Lasse de cet amour handicapant pour lui, Philip essayera de s’éloigner sans succès. Peu importe les coups bas qu’elle va lui porter, il reviendra toujours à ses pieds. Sure de l’emprise qu’elle a sur lui, Mildred n’hésitera pas à l’humilier, mépriser et l’utiliser. Le plus fascinant du travail de Maugham est de faire crédible cet amour unilatéral. Philip sait parfaitement que Mildred est toxique, il le dit maintes fois dans le roman, il s’en veut à mort, mais il ne peut pas s’empêcher de revenir tête baissée à chaque fois, comme un chiot.
Personnages marquants, principalement l’odieuse Mildred, portrait très réaliste de la femme perverse, et le propre Philip, personnage hypersensible qui combine son intelligence avec son incapacité d’agir en accord de ce qu’il sait mieux pour lui. Cette instabilité de Philip le suivra le long de son arc narratif, et suite à ces mauvaises expériences, notre héro devra changer. Mildred fait partie ces personnages affreusement égoïstes, qui, quand même, arrivent toujours à attirer des personnages gentils, malgré que leur toxicité soit visible dès le départ, et qui sont souvent présents dans l’œuvre de Maugham, comme par exemple le peintre dans ‘The Moon and Sixpence’.
Pressenti plein de fois pour le Nobel qui ne gagna jamais, souvent réduit avec l’étiquette d’écrivain pour femmes, Maugham est un écrivain majeur et ses œuvres restent des classiques inoubliables. ‘Servitude humaine’ est le titre phare de ce fin connaisseur de tous les recoins de l’âme humaine.
Citation :
« Peu à peu, il prenait l’habitude la plus exquise du monde, celle de la lecture. Sans le savoir, il se ménageait un refuge contre les tristesses de l’existence ; mais il se créait aussi un monde irréel qui ferait pour lui de la réalité quotidienne une source d’amères désillusions. »








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