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Littérature Europe Monténégro Andrej Nikolaidis Sin (The Son)

Sin (The Son)

Andrej Nikolaidis

(Sin, 2006)
Traduction : Pas connue. Langue d’origine : Monténégrin
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Ulcinj, Monténégro. Le protagoniste du roman est hanté par un passé traumatique, à la suite duquel ses relations avec son père se sont pratiquement éteintes. Il voit sa vie basculer à nouveau lorsque sa femme le quitte. Seul, sans famille ni amis, et maintenant sans femme, il sort et commence à errer dans les rues de la petite ville. Le long d’une seule nuit, notre héros sans nom, rencontrera plein de personnages étranges et marginaux qui le sollicitent, mais il n’arrivera pas à éprouver la moindre empathie pour eux.

Errance émotionnelle d’un pessimiste solitaire :

Très influencé par l’univers de l’écrivain autrichien Thomas Bernhard, Nikolaidis nous offre le récit des vagabondages nocturnes d’un homme pessimiste, désabusé et presque cynique, qui voit tout ce qui l’entoure avec un détachement presque total. Ce n’est pas un livre triste mais le lecteur peut le trouver fort déprimant, justement pour le rejet du personnage principal à participer émotionnellement, et aussi par l’atmosphère pesante et par moments carrément glauque du roman.

L’écriture est fine et belle, avec beaucoup de belles phrases qui transmettent la philosophie pessimiste du personnage central (Voir citations), mais on a du mal à comprendre où est-ce que l’écrivain veut nous mener, ou ce qu’il veut vraiment nous raconter. La structure du roman n’est pas nette, et il dure 100 pages comme aurait pu durer 300.

Le thème central du roman est la relation entre le père et le fils. On comprend au fur et à mesure d’où vient la blessure qui traine cet homme, mais on aura du mal à être de son côté. Le personnage n’a pas pu faire le deuil de son traumatisme d’enfance car sa faute a trop vite été pardonnée. Il passe donc sa vie à trouver une punition qui ne se produira jamais. Le lecteur va comprendre les traumatismes qu’il a vécu mais aura quand même des difficultés pour s’identifier avec lui.

Les personnages rencontrés dans ces vagabondages nocturnes sont étranges : Un ancien ami par lequel il n’éprouve aucun attachement, un vieil homme qui prostitue ses filles et elles s’y prêtent volontairement au jeu, un musicien de talent devenu intégriste musulman, puis une famille de lépreux kosovars qui habitent dans un vieux parking désaffecté… La galerie de personnages secondaires est sombre et extravagante, et leurs histoires sont souvent dramatiques, mais le détachement du personnage principal finit par détacher le lecteur aussi. Ce ton se tient jusqu’à la dernière rencontre, où, sans spoiler, un arc narratif semble se dessiner, mais c’est peut-être un peu trop tard pour susciter l’intérêt du lecteur.

Les fans de Thomas Bernhard et d’un certain existentialisme morbide apprécieront. ‘Sin’ (The son) fut récompensé par le prix de Littérature de l’Union Européenne en 2011 et traduit en anglais par Will Firth en 2013. C’est la version que j’ai lue, à ma connaissance il n’est toujours pas traduit en Français.


Citation :

« Mais j’ai décidé de continuer, comme je décide toujours de continuer. Les choses n’échouent jamais à cause de moi, et elles ne réussissent pas non plus grâce à moi. Elles arrivent avec moi comme spectateur, c’est tout. Je m’adapte à elles tout simplement. »

 

« Ceux qui nous pardonnent sont nos juges le plus sévères »

 

« Vous ne savez pas comment c’est dur de vivre sans punition, à quel point le monde est terrible quand il n’y a que l’absolution à l’horizon. »

 

« Quelle est grande la joie de ceux qui envient le bonheur apparent de notre enfance quand ils nous retrouvent adultes et observent que la vie nous a fait aussi malheureux qu’eux. La vie nous égalise tous dans le malheur et le désespoir, et toute avantage qu’on eut eu autrefois se tourne contre nous. » (Traductions improvisées)

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