(Tess of the d’Urbervilles, 1891)
Traduction : Madeleine Rolland. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Les parents de Tess, d’origine paysanne, découvrent qu’ils ont un certain lien avec les d’Urbervilles, lignée aristocratique qui habite la région depuis des lustres. Les parents cupides vont réussir à placer Tess chez les d’Urbervilles. Mais le fils de la famille, le libertin Alec, fera des lourdes avances à Tess, qu’elle résiste comme elle peut. Alec finit par forcer la femme. On retrouvera Tess qui est rentrée chez ses parents après avoir perdu l’enfant qu’elle a portée dans le ventre.
Tess essayera de continuer sa vie avec un travail dans une exploitation laitière, ou elle trouvera l’amour dans la personne d’Angel Clare. Mais le poids du passé va s’immiscer dans leurs vies.
La résignation de Tess :
Roman absolument fabuleux qui remet en cause de façon radicale tout le système arriéré des mœurs de l’Angleterre de l’époque et le rôle restreint réservé aux femmes. Depuis notre époque du me too, ce récit ne peut que nous énerver, car le victim shaming (C’est la victime du viol qui est vilipendée et critiquée, pas l’agresseur) est clairement au rendez-vous dans ce roman. Comme le nom complet du roman indique, Tess of the d’Urbervilles : A Pure Woman Faithfully Presented, Tess n’est pas vraiment coupable, c’est son agresseur et la morale hypocrite de l’époque qui devraient être mise en cause. Et c’est ce que Hardy fait, sans pathos et sans détails lourds, mais avec toute l’émotion et retenue du bon mélodrame naturaliste anglais, avec un prodigieux talent pour l’introspection psychologique, et une finesse et sensibilité uniques.
Beaucoup a été écrit sur le rôle résigné et peu combatif du personnage central, la pure et gentille Tess, qui semble ne pouvoir, et parfois ne vouloir plus se battre contre les dictats de cette société puritaine qui la déclare coupable. Il faut faire un effort très important pour bien comprendre que Tess est une héroïne de la fin du XIXe siècle et que ces mœurs sont engrainées chez elle, ce victim shaming fait partie de son ADN, c’est toute une culture de siècles d’acceptation de la faute de l’homme par la femme qui est mise en œuvre ici. Tess se sent plus sale que salie, même si elle n’a rien à se reprocher.
La séquence du viol ne sera pas présentée. Chaque lecteur se fera son idée, et finalement cette omission donne un intérêt supplémentaire au récit. Dans le titre complet du roman en anglais (A Pure Woman Faithfully Presented), comme mentionné précédemment, les choses sont claires, Tess est innocente. Bien entendu, il aurait été impossible de montrer ces détails scabreux dans un roman anglais de cette époque (Zola l’aurait fait !), mais le propre fait de faire cette ellipse bien tranchée et brutale, devrait nous faire plus pencher vers le côté agression, même si cela n’est jamais explicité dans le roman. Cette séduction/harcèlement/viol n’est qu’un jeu pour Alec, mais cela marquera le début de la tragédie pour Tess.
Tess est une héroïne complexe, orgueilleuse et ingénue à parts égales, doté d’une beauté à fort composant sensuel. Tess soulève des passions, malgré elle. Angel est présenté comme un personnage noble, avec des valeurs, et rempli d’un vrai amour pour Tess. Tous ces éléments nous forment un cocktail qui se révèlera explosif lorsque le passé va faire surface.
‘Jude, l’obscure’ et ‘Tess d’Urberville’, ses deux chefs-d’œuvre, ainsi comme une bonne partie de ses romans, sont empreints d’une tragique tristesse, qui lui ont donné une certaine réputation d’auteur sombre. À mon sens, il est un peu le Zola anglais. Cet écrivain classique, peut-être moins connu que d’autres écrivains de la même époque, est un artiste unique qui nous offre souvent des portraits tristes mais réalistes de la femme soumise aux mœurs pudibonds de la société de la fin du XIXe siècle. Comme d’habitude avec Hardy, préparez vos mouchoirs, ou si vous avez un cœur trop faible, abstenez-vous.
Citation :
« … à quoi sert-il d’apprendre que je fais partie d’une longue file de gens… de découvrir qu’il y a dans quelque vieux livre quelqu’un, juste pareil à moi, et de savoir que je jouerai seulement son rôle ; cela sert à me rendre triste, voilà tout. Le mieux est de ne pas se souvenir que votre nature et vos actes passés ont été juste pareils à ceux de milliers de gens et que votre vie et vos actes à venir seront juste pareils à ceux de milliers d’autres. »








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