(2024)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
La forêt de Białowieża, située à cheval entre la Biélorussie et la Pologne, est une des dernières forêts primaires d’Europe. Elle est traversée par un mur haut de plus de 5 mètres couronné de barbelés, qui sépare les deux pays pour empêcher des migrants d’entrer illégalement en territoire polonais, donc européen. Alma et son cousin Bessem, des réfugiés Syriens qui viennent de la Biélorussie, cherchent à franchir ce mur pour rentrer clandestinement en Pologne.
Le destin d’Alma se mélange avec celui de deux autres femmes qui habitent dans la région. Après sa séparation, la polonaise Nina est revenue dans l’ancienne maison de ses parents en pleine forêt avec son fils. Elle fréquente un homme qui se bat pour la forêt et aide les migrants. Et puis Vera, une journaliste originaire de Biélorussie qui a loué une cabane dans la forêt pour trouver l’inspiration d’écrire un roman, sauf que, fascinée par l’endroit, elle commence à partager son expérience dans un blog.
Trois femmes et la forêt :
Même si le récit se centre sur trois femmes dont les destins vont se croiser, un quatrième protagoniste va se joindre au récit : La forêt primaire. Magnifique pour uns, très inhospitalière pour d’autres avec ses murs couronnés de barbelés et son implacable police de frontières, cette forêt sauvage cache ses secrets et ses mystères, et prête un cadre captivant au récit.
À peine touchée par l’homme pendant des siècles, reconnue par l’Unesco, Białowieża (jamais nommée dans le roman) est une des dernières forêts primaires d’Europe, mais la crise des migrants, le mur qui impacte la biodiversité avec une brèche forestière artificiel de plusieurs kilomètres, ainsi que l’abattage incontrôlé approuvé en 2017 par le gouvernement très à droite de la Pologne, risquent de compromettre son délicat équilibre. La fragilité de cet écosystème jusqu’à alors préservé peut s’ériger en métaphore de la détresse dans laquelle se trouvent nos trois protagonistes. Même si sans doute l’histoire la plus dure est celle d’Alma, les autres deux femmes devront faire face à leurs propres dilemmes.
Les trois protagonistes se cèdent la narration à tour de rôle, faisant progresser le récit jusqu’à une conclusion dans laquelle leurs histoires vont se croiser. Malgré un dénouement un peu confus et à mon sens pas forcement satisfaisant, ‘Traverser les forêts’ est un roman très recommandable, porté par une écriture de grande beauté, remplie de métaphores, de poésie et d’un phrasée riche et relevé ; et surtout imprégné par le mystère et la fascination du cadre singulier dans lequel cette triple histoire se déroule.
Citations :
« Naïve, je crois l’avoir rarement été. J’ai trop lu, trop vite, trop tôt, et désormais trop eu accès à la crudité de la réalité et à la complexité humaine pour ignorer l’existence de grands méchants loups en chacun de nous. »
« Tu as toujours senti dans leur regard, dans leurs paroles et, plus que tout, dans le silence agacé qu’ils opposaient à tes diatribes, la gêne, presque la honte d’avoir une fille si pathétiquement accrochée à son rêve de justice, une de ses infatigables têtues qui veut toujours secouer le tapis de la réalité pour voir ce qui se cache dessous, au lieu de laisser chacun en broder tranquillement les motifs à sa guise. »








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