(2007)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Russie, année 2000. Vania Altman est un des derniers survivants du Oskar, un sous-marin nucléaire russe qui sombre dans les abimes de la mer de Barents. Le roman nous explique comment on est arrivé là, à travers plusieurs histoires reliées le long de plusieurs générations des membres de la famille de Vania, et des politiciens, militaires et personnages publiques impliqués dans les évènements marquants de la Russie contemporaine, de la mort de Stalin à la gestion de la catastrophe par le président russe, Plotov.
Le Koursk revisité :
La base de ce roman est l’histoire vraie du naufrage tragique du Koursk, ce sous-marin russe qui était échoué dans les profondeurs d’une mer glacé, avec ses 118 marins, et dont on savait que certains occupants étaient vivants car ils donnaient des coups sur la coque. Par la suite on a découvert la trace écrite des survivants avec la liste des 23 survivants initiales, qui finiront par périr quand même. L’offre d’aide internationale rejetée, les russes ont géré l’affaire en interne avec les résultats tragiques qu’on connait : Tous les marins sont morts.
Marc Dugain, comme à son habitude quand il aborde sujets historiques, va au-delà de la version historique officielle et nous présente une histoire beaucoup plus vraisemblable que celle vendue comme vraie, à quelques exceptions romancées près, qui cependant donnent un intérêt supplémentaire à l’intrigue. Il a pris la précaution de changer les noms : Le Koursk devient le Oskar, et Poutine devient Plotov, mais la référence est transparente et la critique est acerbe : Les responsables russes, présentés comme des impitoyables intrigants, méprisants les vies humaines, n’hésiteront pas à sacrifier ces pauvres marins, en apparence pour le bien de la mère Russie, mais en réalité plutôt pour servir ses propres intérêts.
Le parti-pris de Dugain est de se concentrer sur les familles des marins et concrètement du cadet Vania, et retrace ce parcours depuis bien avant, aux derniers jours du Stalin, lorsque le dictateur essaie de soulager ses douleurs à l’aide d’une magnétiseuse, dans le plus grand des secrets. L’idée est de dénoncer le rapport vicieux du pouvoir russe, son arrogance et son mépris du peuple, mais en restant toujours près de ces personnages anonymes et ordinaires, pour donner un côté intimiste et humain à l’intrigue.
Le roman a une structure très efficace avec un très intelligent développement de l’histoire : Le naufrage n’est dévoilé qui bien avancée le roman. Comme d’habitude avec son style simple et peu prétentieux, le roman se lit avec beaucoup de facilité, et on apprend beaucoup sur la façon de penser des obscures structures du pouvoir dans ce pays finalement si peu connu.
Citation :
« Qu’une goutte de vérité soit versée dans un océan de mensonge, et cette vérité suffit à donner à l’ensemble la couleur de l’authentique. »








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