(Příliš hlučná samota, 1976)
Traduction : Anne-Marie Ducreux-Palenicek. Langue d’origine : Tchèque
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Depuis trente-cinq ans, dans la solitude de sa cave, Hanta travaille compressant des livres interdits ou censurés, papiers divers, livres d’art, et en général toute sorte d’ouvrage imprimé destiné au pilon. Mais Hanta prend son travail avec parcimonie et avant de les faire passer par sa presse hydraulique, il analyse, lit et trie ce qui mérite d’être recyclé ou encore une deuxième chance. Du coup, il n’arrive pas à remplir sa mission dans le temps escompté et sa maison devient un chaos impossible, remplit de tas et colonnes de livres entassés à n’en plus finir.
Un jour Hanta découvre la vie des employés qui travaillent avec des nouvelles presses à l’efficacité redoutable à Bubny, et réalise que sa façon de travailler fait partie d’un temps revoulu.
Le temps est passé sans qu’on s’en rende compte :
À travers la métaphore du presseur Hanta, qui est resté dans une autre époque, incapable de s’adapter aux nouveaux temps, Hrabal nous parle du passage du temps et de l’évolution de nos sociétés vers un monde axé sur la productivité et le travail sans réflexion. Quand Hanta ne sera plus là, tous ces chefs-d’œuvre qui défilent devant lui n’auront personne pour les défendre. Des centaines d’auteurs perdront leur voix dans l’impitoyable engrenage de la modernité.
Le solitaire Hanta, presque l’unique personnage du livre, est un homme assez froid, dépressif presque, avec par seule compagnie l’alcool, ces livres qui recycle ou sauve de la destruction, et puis des souvenirs qui reviennent vers lui d’une façon improvisée et déstructurée, sous forme des visions presque hallucinatoires. D’origine humble et peu cultivé, Hanta s’est fait une culture à force de sélectionner les ouvrages qui méritent une deuxième vie, parfois parce qu’il trouve une phrase qui lui charme par sa beauté ou une reproduction d’une peinture qui le fascine. Tiraillé entre son devoir de destruction et son souhait de sauvegarde, le dilemme de Hanta incarne la crainte d’une société implacable, trop uniformisée et sans âme.
Malgré ce sujet très intéressant et la courte duré du roman, le livre est truffé de longueurs, des redondances, et de toute sorte de confuses dérives narratives (souvent reliées aux réminiscences du passé de Hanta), et je me suis un peu ennuyé. Le livre n’a pas une structure claire qui permette une lecture aisée, et devient aussi tortueux que Hanta et sa maison chaotique.
Bon mais trop long même si très court.
Plusieurs films ont été tirés de ce récit, qui synthétisent le thème en le recentrant sur la métaphore des sociétés totalitaristes qui brouillent autant la pensée que la liberté, ce que à mon sens aurait dû faire le livre, au lieu de dériver et partir dans trop de directions. Ici, une intéressante version en marionnettes réalisé en 2007.
Citation :
« Les ouvriers déchiraient les paquets, en tiraient des livres tout neufs, arrachaient les couvertures et jetaient leurs entrailles sur le tapis ; et les livres, en tombant, s’ouvraient çà et là, mais personne ne feuilletait leurs pages. C’était du reste bien impossible, la chaîne ne souffrait pas d’arrêt comme j’aimais à en faire au-dessus de ma presse. Voilà donc le travail inhumain qu’on abattait à Bubny, cela me faisait penser à la pêche au chalut, au tri des poissons qui finissent sur les chaînes des conserveries cachées dans le ventre du bateau, et tous les poissons, tous les livres se valent… »








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