(The descendants, 2007)
Traduction : Marie-Odile Fortier-Masek. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Hawaï. Très occupé à gérer les propriétés que la famille élargie possède dans toute l’île depuis les temps ancestrales, Matthew King n’a pas ni l’habitude ni le temps de s’occuper de ses filles. Mais l’hospitalisation de sa femme Joanie, plongée dans le coma suite à un accident de bateau, va bouleverser toute sa vie. Scottie, dix ans, et Alex, dix-sept, ne comptent pas le faciliter la tâche d’assumer son rôle de père, surtout qu’elles-mêmes ne savent pas comment gérer l’absence de leur mère. Mais lorsque Matthiew se trouvera face au dilemme de débrancher les machines qui maintiennent Joanie en vie, certains des secrets de sa femme vont refaire surface, brouillant les repères de Matthiew et ses deux filles.
Deuils et adieux compliqués à une femme et mère :
Peut-être c’est déjà trop tard, mais je recommande ne pas lire ni le quatrième de couverture ni aucune critique de ce roman, car il y a toujours des gros spoilers sur des évènements et secrets qui sont révélés vers la fin du premier tier du livre. Ce n’est pas trop grave car la narration se tient elle-même, mais si, comme moi, vous aimez lire sans trop savoir ce qu’il vient, c’est le moment d’arrêter de lire sur le roman et lire le roman proprement dit. Si le sujet des sentiments qui explosent après l’entrée en coma d’une femme vous intéressent vous serez satisfaits par ce roman très beau et solide, qui se lit très aisément par sa narration superbement bien ficelée, la cadre insulaire exotique, et par la douce lumière que l’écrivaine projette pour traiter des sujets très difficiles.
Car la clé du roman est sans doute que le personnage au centre du drame, la mère, ne pourra plus s’exprimer ni éclaircir quoi qui se soit, laissant les survivants dans une mer de doutes. Le père et leurs deux filles doivent composer avec le sillage qu’elle laisse derrière et prendre des décisions difficiles, au même temps qui doivent faire le deuil d’une mère et une épouse qui n’est pas encore vraiment partie. C’est donc un sujet très complexe et un matériel très dramatique qui Kaui Hart Hemmings traite avec une sensibilité remarquable, sans jamais tomber ni dans les excès larmoyants ni dans la rétention trop pudique. A mon sens la tonalité du roman est très juste.
Il y a des chances que le personnage central du père n’attire pas la sympathie du lecteur. Trop occupé dans les affaires, Matthew King a été un père qui a fui ses responsabilités, par la plupart absent, et probablement un mari pas trop attentionné aussi. Matthew gère le trust de la famille élargie, ce qui ouvre le sujet de l’héritage et la transmission (les ‘descendants’ du titre), qui s’entremêle habilement avec le thème principal du deuil. C’est un personnage complexe et pétri de contradictions qui essaie quand même de composer avec ses regrets et ses failles en tant que mari et en tant que père, en quête d’une clôture digne à ce chapitre de leurs vies.
En 2011 Alexander Payne réalisa une version cinématographique très belle et par la plupart très fidèle au livre et son esprit. Même si le personnage de Matthew était quelque part adouci et plus accessible, George Clooney livrait une composition superbe et profonde en père perplexe qui navigue entre le deuil, la colère et les remords, alors qu’il est contraint de prendre ses responsabilités et endosser ce rôle de père qu’il n’avait jamais pris au sérieux.
Citation :
« C’est étrange de penser que les anciennes générations ont plus ou moins déterminé la vie des gens qu’ils n’ont jamais rencontrés, dont ils n’auraient même pas soupçonné un jour l’existence. Suis-je moi-même en train d’influer sur la vie de tout un tas de gens qui ne sont pas encore nés ? »







0 Comments