(Tit er jeg glad, 2016)
Traduction : Alain Gnaedig. Langue d’origine : Danois
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
À 70 ans, suite à la mort de son deuxième mari Georg, Ellinor adresse une longue lettre à son amie de jeunesse, Anna, disparue 40 ans auparavant dans un accident de ski. Dans une longue confession, Ellinor évoque et remémore sa vie, totalement marquée par cet évènement tragique car, en plus de son amie Anna, dans le même accident est mort aussi son premier mari, Henning. À l’époque, la veuve Ellinor et le veuf Georg, premier mari d’Anna, solitaires et traumatisés par la tragédie, s’étaient rapprochés. Ellinor était devenue une mère de substitution pour les enfants jumeaux d’Anna, qu’elle a enlève comme s’ils étaient les siens. Maintenant à 70 ans, Ellinor souhaite un changement.
Double deuil :
C’est à partir d’une situation très complexe et dramatique que Grøndahl tisse un beau récit sur le deuil, la solitude, le poids des secrets et les difficultés de communication entre les êtres. Le point de départ est un imbroglio considérable mais, pas de panique, l’écrivain danois explique clairement les antécédents dès le début du livre : Couple 1, Henning et Ellinor. Couple 2, Georg et Anna. Les quatre se lient d’amitié et partent faire du ski. Henning et Anna meurent lors d’une avalanche. Après le deuil de leurs respectifs conjoints, Georg et Anna se mettent en couple. Voilà le passé comme on le présente au départ de l’histoire.
Ne lisez pas ni des critiques ni le quatrième de couverture si vous tenez à ne pas être spoilés, car de partout on raconte pas mal des éléments de l’intrigue qu’on découvre bien entrés dans le roman. Je ne vais donc pas spoiler, mais bien évidement il y a quelques secrets en plus qui seront dévoilés au fur et à mesure que la confession d’Ellinor se développe, et on comprend l’impact du passé de la jeune Ellinor dans la vieille dame du présent. Sans attaches, sans besoin de rendre des comptes aux enfants de Georg et Anna, la vieille Ellinor quitte les quartiers bourgeois de la ville pour s’installer dans un quartier mal famé où elle a passé son enfance. Et c’est dans cette enfance qu’on retrouve l’autre clé du passé pour comprendre Ellinor.
Cela dit, malgré que le récit dose très intelligemment l’information concernant ces deux passés (Celui où Henning et Anna sont morts, et celui où Ellinor est une jeune enfant), j’ai trouvé le personnage d’Ellinor assez insaisissable, son côté sombre jamais complètement décrypté. C’était peut-être prémédité, mais quelque part je n’ai as su comprendre comment elle fonctionne, ce qu’elle ressent vraiment, malgré qu’elle explique à la première personne toute sa vie, présent, passé et presque son futur. Le reste de personnages sont très clairs et lisibles, bien contrastés, même les jumeaux d’Anna qui ont un rôle un peu plus épisodique, mais Ellinor restera mystérieuse, cryptique, isolée dans son complexe univers intérieur.
‘Quelle n’est pas ma joie’ est un très beau roman, plein de sensibilité, superbement bien ficelé, remarquable d’introspection psychologique, et très entertaining de surcroit. Totalement recommandable.
Citation :
« L’amour était là. Ne l’est-il plus ? Si, on ne meurt pas avec la personne, mais pendant combien de temps peut-il flotter ainsi, tout seul, dans le salon vide, au milieu des grains de poussière dans un rayon de soleil ? A quel moment le souvenir d’un sentiment cesse-t-il d’être le sentiment lui-même ? »








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